Roselyne Bachelot et Roch-Olivier Maistre au soutien du secteur de l’audiovisuel

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Le Festival de fiction de La Rochelle, délocalisé cette année à Paris, se déroule du 16 au 18 septembre sur fonds de crise sans précédent pour le secteur audiovisuel. La ministre de la Culture Roselyne Bachelot et le président du CSA Roch-Olivier Maistre se posent en soutien mais aussi en acteurs attentifs et concernés face à un avenir à la fois complexe et incertain.

Rappelant les "très graves conséquences économiques de la crise sanitaire" dans l'audiovisuel, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot a détaillé mercredi les mesures de soutien au secteur, avec une enveloppe dédiée d'une cinquantaine de millions d'euros. Dans le cadre du vaste plan d'aide à la culture de 2 milliards annoncé début septembre, une enveloppe de 165 millions d'euros est dévolue via le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) aux filières audiovisuelle et cinématographique. "Nous consacrerons 26 millions d'euros au renforcement des soutiens accordés par le CNC à la production audiovisuelle, afin de donner à vos entreprises les moyens d'investir dans de nouveaux projets qui devront avoir un effet d'entraînement sur toute la filière", a annoncé la ministre au festival de fiction de La Rochelle, délocalisé cette année à Paris. Plus de quatre millions d'euros iront aux auteurs et jeunes diplômés, via des appels à projets pour les diplômés de 2020 ou pour renflouer l'école du secteur, la Femis. Dix millions d'euros iront à la modernisation des industries techniques :  "Cet investissement significatif devra permettre de disposer de studios de tournage plus modernes, adaptés aux impératifs de la production de séries", a précisé la ministre. "Il vise également à doter l'ensemble de la chaîne de production des outils numériques les plus récents, tout en améliorant la performance écologique de toutes ces infrastructures", selon elle. Enfin, 8 millions d'euros seront consacrés à l'internationalisation de la filière, avec notamment la création en 2021 d'une nouvelle "Maison de l'export", qui "portera plus haut les couleurs françaises à l'échelle internationale". S'ajoutent à ces mesures le crédit d'impôt création de 15%, dont le coût est estimé à 100 millions d'euros, ainsi que la rallonge budgétaire de 70 millions accordée à l'audiovisuel public, "destinée à compenser les pertes exceptionnelles liées à la crise sanitaire", a-t-elle ajouté, sans détailler la répartition de cette enveloppe. La ministre souhaite aussi créer un fonds de garantie à destination des tournages des programmes de flux (jeux, émissions, magazines...), pour les aider à faire face au risque Covid, sur le modèle de celui qui existe pour les tournages de fiction. Quant à la transposition de la directive SMA, très attendue par le secteur et qui prévoit de faire contribuer les plateformes type Netflix à la création française, "il s'agit d'une mesure fondamentale et prioritaire", a estimé Roselyne Bachelot, précisant qu'un décret serait prêt dès la mi-octobre. Elle a en outre souhaité que "cette période de transformation" soit l'occasion "d'accélérer notre action en faveur d'une meilleure prise en compte de la parité, de la diversité et du développement durable dans le secteur de la fiction".

« Attentif à l’évolution »…

Pour Roch-Olivier Maistre, le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), le secteur audiovisuel est "loin d'être sorti" d'affaire, avec une chute de "15 à 20%" des recettes publicitaires prévue cette année et une reprise "fragile" des tournages, a-t-il prévenu, appelant le gouvernement à des "évolutions législatives". "C'est l'ensemble de notre secteur qui est durement touché, à court et moyen terme. Et, avec les multiples incertitudes qui subsistent, ce n'est pas seulement le monde d'après qu'il nous faut concevoir, c'est aussi le monde d'avec ce virus", a-t-il encore estimé. Dans ce contexte, le CSA reste "très attentif à l'évolution de la situation, notamment en ce qui concerne les obligations des chaînes en matière de contribution à la production", a rappelé le régulateur. Saluant les mesures prises par le gouvernement comme le crédit d'impôt création, ou l'abondement exceptionnel de 70 millions d'euros à l'audiovisuel public, il a estimé que "le grand enjeu de cet automne" était la transposition de la directive Service de médias audiovisuels (SMA).   Promise d'ici la fin de l'année, la transposition de cette directive permettra d'imposer aux plateformes types Netflix un quota d'œuvres européennes dans leur catalogue et surtout des obligations de financement dans la création française, un rééquilibrage réclamé de longue date par les chaînes de télévision. Les patrons de chaîne invités au festival ont tous rappelé l'urgence de transposer cette directive.

"Le projet de loi actuellement en discussion à l'Assemblée nationale fait l'objet d'un large consensus parmi les parlementaires, c'est naturellement très positif", a souligné Roch-Olivier Maistre, précisant que le CSA entendait "jouer tout son rôle pour contribuer au bon aboutissement de ce processus".   "Au-delà des mesures déjà en vue, d'autres évolutions législatives restent nécessaires", estime le régulateur, notamment la modernisation de la lutte contre le piratage pour laquelle il plaide pour un rapprochement entre CSA et Hadopi, prévu dans la réforme audiovisuelle qui a été abandonnée en raison de la crise. "C'est dommageable pour l'ensemble du secteur de renoncer à aller plus loin et adopter les mesures prévues dans le projet de loi audiovisuel", a-t-il estimé. "Je pense aussi qu'il est temps d'ouvrir le dossier de l'avenir de la contribution à l'audiovisuel public (CAP), avec la fin programmée de la taxe d'habitation", a-t-il ajouté, rappelant que le CSA était attaché "à un financement dédié et pérenne de l'audiovisuel public".

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