Salto : le dernier espoir de la SVOD française ?

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A l’occasion d’une table ronde lors du festival Médias en Seine organisé mardi par franceinfo et Les Echos, intitulée « Loi sur l’audiovisuel, SVOD : la riposte s’organise pour les dinosaures de la télé ? », les acteurs de la télévision française ont évoqué la nécessité d’avancer davantage dans la bataille de la production, face à Netflix, Amazon Prime Video ou encore Disney. « Il faut aller au bout dans cette affaire de production pour pouvoir constituer des groupes médias : changer les règles de détention des mandats, de la durée des droits, de la détention du capital », a déclaré Nicolas de Tavernost, président du directoire du groupe M6. « Je ne me suis pas assis à côté de Delphine Ernotte car l’Autorité de la concurrence me l’aurait peut-être reproché », a-t-il plaisanté, évoquant le lancement de Salto.

« Ensuite ce sera les chinois »

La future plateforme française SVOD, initiée par France Télévisions et les groupes TF1 et M6, était en effet au cœur des discussions. M. de Tavernost a regretté les conditions « hors normes » demandées à Salto au regard « des conditions de fonctionnement de ses concurrents ». Pour Maxime Saada, « ce sont les Américains, mais ensuite ce seront les Chinois, il faut se préparer à la prochaine vague ». Le PDG du groupe Canal+ et Dailymotion regarde avec inquiétude les acteurs étrangers se réserver leur contenu pour leurs propres plateformes : « Friends repart chez NBC, Warner va lancer sa plateforme, Universal vient d'annoncer Peacock, Disney va se réserver Mandalorian, etc. Ils vont récupérer leurs actifs, y compris chez nous, donc on a un enjeu majeur d'avoir des contenus de qualité ».

Les plateformes, une menace ?

Pour le PDG d’Altice France Alain Weill, les Français doivent bénéficier « des mêmes règles que les GAFA, pas plus, pas moins ». Il s’est notamment plaint du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) qui demande « des millions » pour les reportages longs diffusés le lundi soir sur BFMTV, qui rentrent dans son curseur. « Comme on n’arrive pas à légiférer sur les GAFA, on se retourne sur les entreprises françaises », a-t-il lâché. David Kessler, directeur d'Orange Content, va plus loin en estimant que la France est le « seul pays » dans lequel les producteurs voient dans les plateformes « une menace », et que « partout ailleurs les producteurs sont heureux ». Delphine Ernotte, pour sa part, a tout de même voulu rester positive, en défendant Salto qui va bénéficier du budget création des trois diffuseurs, « un vrai investissement dans les contenus ». Pour la présidente de France Télévisions, « il y a de la place pour un acteur local », citant l’exemple finnois de « Yle », la plateforme SVOD de la télé publique, qui est repassée devant Netflix.

« Il n’y a aucune fatalité »

Delphine Ernotte vise le marché européen, et bien qu’il subsiste le « sujet sensible des droits », elle estime « qu’il n’y a aucune fatalité ». Elle a ainsi indiqué parler avec l’Allemagne notamment, évoquant Arte comme porte d’entrée sur les contenus allemands. Salto, « c’est une initiative saine », a salué Maxime Saada, qui restera tout de même vigilant : « il ne faut pas que des contenus gratuits deviennent payants ». Les regroupements sont indispensables, a indiqué David Kessler. « Je ne doute pas qu’on aura des discussions le moment venu avec Salto », a-t-il ajouté. Alain Weill a conclu avec sa casquette d’opérateur télécom (SFR). « On sera ravi de servir les intérêts de Salto », a-t-il déclaré.

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