Six axes pour un audiovisuel public ''plus distinctif'' et ''plus numérique''

« Créer un média global à vocation universelle ». En présentant lundi son « scénario de l’anticipation » de l’audiovisuel public devant la presse et les patrons de France Télévisions, Radio France, Arte France, France Médias Monde, TV5 Monde et l'INA, les six groupes de l'audiovisuel public, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a donné le top départ à la réforme de l’audiovisuel public qu’appelle de ses vœux le président de la République Emmanuel Macron. Si le chantier est vaste, les propositions engageantes sont quant à elles disparates. Ainsi, l’audiovisuel public « ne doit pas s’adapter aux mutations du secteurs, il doit les enrichir, les anticiper, les susciter », plaide-t-elle pour le compte de sa stratégie en six axes. Si pour elle, d’abord, le service public doit être un média « plus distinctif » par rapport à la concurrence privée, il se devra également d’être « plus numérique ». Constatant pleinement des budgets numériques « trop limités », ceux-ci se doivent aujourd’hui de « changer d’échelle » pour lutter contre les grands acteurs mondiaux. Un objectif ? Un investissement supplémentaire de « 100 à 150 millions € par an d’ici 2022 », ambitionne la ministre. Pour ce faire, elle souhaite un redéploiement mais aussi un rassemblement des moyens qui peut se traduire « par un resserrement de l’offre linéaire », concède-t-elle. Alors, d’ores et déjà, l’audiovisuel public doit proposer des offres numériques communes à l’ensemble des sociétés qui le composent. Un media des arts et de la culture commun sera ainsi créé fin juin et rassemblera des centaines d’heures de captation, des podcasts, des web-séries dans des formats qui se veulent innovants. Afin de soutenir cet élan numérique, un campus formation destiné à l’ensemble de l’audiovisuel, sous l’égide de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), sera mis en place.

France 3 et France Bleu ensemble, France 4 numérique

Troisième axe de la stratégie initiée par le ministre, la volonté d’accroitre « significativement » les programmes régionaux parce que « un besoin fort de proximité s’exprime ». Dans ce cadre, l’ambition est de capitaliser sur des réseaux « puissants » que sont France 3 pour la TV et France Bleu pour la radio qui peuvent « travailler ensemble » et donc remplir cette mission de proximité. Dans la foulée, la volonté de la ministre est de voir France 3 faire passer son offre de programmes régionaux de 2 à 6 heures par jour en collaboration avec France Bleu. Ensemble, les deux médias pourront coproduire des programmes, à diffuser à la TV et à la radio mais aussi en numérique. Des matinales communes France Bleu-France 3 seront testées dans deux régions à la rentrée, a indiqué la patronne de Radio France, Sibyle Veil. Quatrième étage de la fusée : Françoise Nyssen souhaite également insuffler les investissements dans de nouveaux formats, des nouveaux contenus et l’éducatif afin de séduire les 15-34 ans qui se détournent de la TV. Or, le service public doit « s’adresser à tous » et « reconquérir le jeune public est une priorité absolue », assène-t-on au ministère de la Culture. Les sociétés de l’audiovisuel public sont donc invitées à créer ensemble, de toute pièce, un média numérique pour les 13-30 ans à partir des leçons tirées d’offres déjà existantes (Mouv’, Slash, Mashable, Studio 4…). Pour ce faire, le projet sera doté de « moyens substantiels ». « Nous allons bâtir un champion industriel du numérique pour reconquérir le jeune public », a assuré la ministre. France Télévisions devra libérer "au moins le canal hertzien" de sa chaîne jeunesse France 4, afin de permettre ce recentrage sur le numérique de son offre dédiée au jeune public, a-t-elle précisé.

De même, les sociétés travailleront de concert à la mise à disposition d’une offre éducative numérique pour les jeunes et le grand public. France Télévisions, Radio France, Arte et l’INA travailleront au développement, à partir des offres existantes et en lien avec l’Éducation nationale, à une plateforme « répondant aux besoins des enfants, de la communauté éducative et des parents » qui devrait être disponible à l’automne. Le service public lancera en outre ce mercredi, sur le site de franceinfo, un outil de décryptage de l’info et de lutte contre les fake news.

Source d’inquiétude pour toute la filière de la création cinématographique audiovisuelle depuis plusieurs mois, la baisse des investissements du service public ne semble pas au programme. Il « maintiendra ses investissements », mais avec quelques exigences. Comme « une plus grande prise de risque » ou encore le développement des coproductions européennes ainsi qu’une « meilleure valorisation de la création » sur les antennes du service public. Enfin, 6ème axe. « Des coopérations renforcées et des gains d’efficience pour financer les priorités ». En clair, notamment, redéploiement des moyens et une « plus grande agilité ». De quoi mettre en avant un « media global » permettant de développer des collaborations et de « renforcer les synergies ».

Mise en place d’une mission de concertation

Et maintenant ? Après l’installation fin décembre dernier d’un Comité stratégique réunissant les 6 sociétés de l’audiovisuel public, place à une phase « pratique ». Pour celle-ci, François Nyssen constitue une mission de concertation composée d’Isabelle Giordano (Unifrance), Claire Leproust (Les Hauts Parleurs), Frédéric Lenica (conseiller d’Etat), Marc Tessier (Inspecteur des finances, ancien président de France Télévisions) ou encore Catherine Smadja-Froguel, qui en sera la secrétaire générale. À charge pour cette mission d’engager une vaste concertation des professionnels mais aussi d’approfondir avec les sociétés de l’audiovisuel public la réflexion autour l’optimisation de la contribution de celles-ci « au rayonnement culturel et diplomatique de la France et de la francophonie, mais aussi de travailler à la mise en œuvre « concrète » des collaborations France 3-France Bleu ou encore réfléchir à la mise en valeur des programmes et la vie des outremers. Ainsi, pour France Ô, chaîne de France Télévisions dédiée aux outremers, "il faudra interroger nos concitoyens d'outre-mer et leurs élus pour déterminer si l'avenir est au maintien de France Ô sur le canal hertzien ou au contraire au renforcement des offres numériques des Outre-Mer Premières", selon Mme Nyssen. Une mission qui rendra les premiers résultats de ses travaux d’ici le 15 juillet.

Calendrier législatif repoussé à « courant 2019 »

Le gouvernement profitera de cette phase pour mettre en chantiers trois projets législatifs : la réforme de la gouvernance de l’audiovisuel public, la réforme de la contribution à l’audiovisuel public qui sera « adoptée en parallèle de la réforme de la taxe d’habitation », et la réforme de la régulation audiovisuelle lors de la transposition de la directive sur les Services de médias audiovisuels (SMA). Toutefois, ce calendrier législatif de la réforme de l'audiovisuel public prévu pour la fin de l’année est repoussé à "courant 2019".

France Télévisions présente un « plan de transformations »

Pour sa part, Delphine Ernotte Cunci a annoncé lundi un "plan de transformation" pour France Télévisions qui va reporter massivement ses investissements sur le numérique, un secteur où le groupe a accumulé du retard. "Il ne s'agit plus aujourd'hui d'ajuster notre modèle à la marge, de continuer à raboter année après année notre vieux paradigme (...) Il s'agit de refonder radicalement notre modèle", a-t-elle expliqué lors d'une conférence de presse au ministère de la Culture. "Nous allons repenser toutes nos offres et nos critères d'appréciation de ce qui a sa place dans nos offres de service public", a-t-elle expliqué, annonçant l'ouverture de quatre chantiers : l'éducation et les offres pour jeunes, la proximité avec France 3 et France Bleu, l'information de service public, et la création européenne. France Télévisions est déjà engagée dans un vaste plan de réduction de dépenses d'environ 50 millions d'euros cette année sur un budget de 2,8 milliards d'euros, qui passe notamment par la suppression de 180 postes à la faveur de départs en retraite, sur près de 10.000 salariés. "Nos ressources vont diminuer et il nous faudra trouver nous-mêmes nos marges de manœuvre à travers des gains d'efficacité (...) Nous concevrons avec le concours et l'association de l'ensemble des salariés de France Télévisions un plan de transformation qui répondra à ces objectifs et portera ces ambitions", a indiqué Mme Ernotte Cunci. Un plan qui suscite déjà l'inquiétude des syndicats. Le groupe investira par "ré-allocation interne" car "une chose est claire", selon Delphine Ernotte Cunci : dans tous les pays d'Europe, "la collectivité a mille priorités à financer et n'a plus les moyens d'accompagner les dynamiques budgétaires de l'audiovisuel public". Le groupe va multiplier "par 10" en 2018 le budget dédié à sa nouvelle offre pour jeunes adultes, "Slash". France 3 va se rapprocher des antennes locales de France Bleu, à l'occasion d'une "réforme de France 3, que 20 ans de tergiversations n'ont pas permis de prendre à bras le corps", selon la présidente de France Télévisions. France Télévisions qui va également "engager la refonte de (son) offre pour enfants autour d'une marque unique", "délinéarisée et ambitieuse, sécurisée et sans publicité", selon Delphine Ernotte Cunci. Au niveau européen, France Télévisions prévoit de proposer, "d'ici quelques mois", "une grande série européenne par mois" coproduite avec des chaînes publiques étrangères.

Réaction de la ministre des Outre-mer

La ministre des Outre-mer Annick Girardin a estimé lundi que France Ô, chaîne de France Télévisions dédiée à ces territoires, devait "être préservée", et s'est dite favorable "peut-être" à des quotas outre-mer sur les chaînes nationales. "Pour moi, France Ô doit être préservée, et son évolution doit être réfléchie", a déclaré Mme Girardin dans l'émission "Outre-mer politique" sur France Ô. "Il n'y a pas de disparition programmée", a assuré Mme Girardin. "Dans les Outre-mer, on a, avec les chaines Premières (les chaines locales d'outre-mer) de l'excellence sur l'ensemble des océans. Ce sont des fenêtres sur le monde qu'on n'utilise pas suffisamment", a estimé Mme Girardin. Elle a jugé que "les productions des chaînes Premières, qui doivent être renforcées, doivent pouvoir être vues sur France Ô mais aussi sur d'autres chaines", regrettant que "France télévision, avec France Ô, a trouvé l'alibi pour ne jamais diffuser l'outre-mer sur les autres chaines". "Je suis peut-être même pour des quotas sur les chaines nationales pour pouvoir parler des territoires d'Outre-mer... et pas à 4h du matin, sur des horaires qui peuvent être suivis par tous nos concitoyens", a-t-elle insisté. Selon elle, "le réflexe outre-mer", défendu par le gouvernement, "passe aussi par une meilleure connaissance des Français de leurs territoires d'outre-mer".

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