iTélé : le CSA met la pression
Deux mises en demeure. Le CSA a en effet critiqué officiellement jeudi "un manquement aux exigences d'honnêteté et de rigueur" de l'émission de l'animateur controversé Jean-Marc Morandini sur iTélé, dont les salariés en grève exigent le départ, et a agité la menace de sanctions contre la chaîne. L’instance a également mis en cause l'absence de comité d'éthique au sein de la chaîne d'information en continu du groupe Canal+. "Faute de remédier à ces manquements", iTélé "s'expose à des procédures de sanction", avertit dans un communiqué le CSA, alors que la chaîne est en grève depuis 18 jours. Le CSA avait été saisi par des téléspectateurs et des salariés d'iTélé, qui réclament une charte éthique, un projet précis et des moyens accrus, en plus du départ de l'animateur Jean-Marc Morandini, mis en examen "pour corruption de mineur aggravée". La décision du CSA a été accueillie "avec satisfaction" par la rédaction, selon un journaliste. "On n'a encore rien gagné", a-t-il cependant tempéré.
Parallèlement à ces deux "mises en demeure", le CSA souligne qu'il demeure "très attentif" à la nette séparation "entre information et divertissement" sur iTélé. Il sera également "particulièrement attentif" à ce que la chaîne de Vincent Bolloré "formule des propositions pour rétablir une offre de programmes qui contribue au pluralisme de l'information", selon le communiqué. L’instance précise également qu’elle s’attachera à mettre en œuvre « le plus rapidement possible » les nouvelles dispositions de la proposition de loi visant à renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias, adoptée par le Parlement le 6 octobre dernier et actuellement examinée par le Conseil constitutionnel, « notamment à travers la mise en place de comités relatifs à l’honnêteté, à l’indépendance et au pluralisme des programmes ». La direction de la chaîne avait annoncé à ses salariés qu'iTélé, en prenant bientôt le nom de CNews, deviendrait "une chaîne d'info à 90%". Le régulateur souligne également que "la persistance du conflit social" qu'iTélé connaît depuis bientôt trois semaines "est de nature à affaiblir durablement la rédaction".
La direction d’I-Télé prend acte
Dans un communiqué jeudi soir, la direction de la chaine d’info du groupe Canal annonce qu’elle « prend acte » de la décision du CSA. Et précise dans la foulée que lorsque l’émission « Morandini Live » reprendra, elle sera « bien sûr soumise aux mêmes exigences de qualité et de rigueur que l’ensemble des programmes de la chaîne », et que le comité d’éthique dont la mission est de veiller au pluralisme sur la chaîne « sera réuni à nouveau dans les meilleurs délais comme le demande le CSA ».
La sénatrice Catherine Morin Desailly en soutien
Plus tôt dans la journée, la sénatrice UDI Catherine Morin Desailly, par ailleurs présidente de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat, avait reçu les représentants des personnels d’iTélé. Si elle assure dans un communiqué ne pas « vouloir s’immiscer dans le fonctionnement d’une entreprise privée », elle rappelle toutefois que le rôle du législateur est « de veiller à la bonne utilisation de la ressource publique que constitue l’autorisation d’émettre pour une chaîne de télévision ». Elle en appelle ainsi au CSA qui doit « s’assurer du respect de la convention fixant ses obligations légales » de la chaine d’information. Selon elle, « malgré les difficultés économiques avancées », une chaîne d’information « ne peut être abandonnée à son sort sans réaction et que l’exercice de la clause de conscience par les journalistes ne peut tenir lieu de méthode de sortie de crise ». Elle en appelle également à la résolution « rapide » du conflit dans le respect des parties prenantes, « si besoin au moyen d’une médiation ». Quoi qu’il en soit, les salariés d’iTélé ont prévu de se rassembler ce vendredi à 13H00 devant l'immeuble de la chaine à Boulogne-Billancourt pour marquer l'anniversaire des 17 ans de leur chaîne et les 32 ans de sa maison mère Canal+.