Rachat de Challenges : 10 économistes s’inquiètent d’une modification de la charte éditoriale
Dix économistes de renom se sont inquiétés samedi dans une tribune d'une possible modification de la charte éditoriale du magazine économique Challenges, en cours de rachat par le géant du luxe LVMH, qui pourrait menacer selon eux "le pluralisme des opinions dans la presse économique".
Dans une tribune publiée dans Le Monde, les chercheurs dont Jean Pisani-Ferry, Thomas Philippon ou l'ancien chef économiste du FMI Olivier Blanchard, rappellent qu'une charte signée en 2013 par la société des journalistes et le propriétaire Claude Perdriel garantit "l'indépendance de la rédaction". Cette charte définit l'hebdomadaire "comme un magazine économique et politique non partisan et indépendant, défendant l’économie sociale de marché, avec ses corollaires", écrivent les auteurs de la tribune. Or, selon eux, le futur propriétaire a annoncé en comité social et économique (CSE) envisager de remplacer dans cette charte l'adhésion à "l'économie sociale de marché" par "une référence explicite à l'économie libérale de marché". "Nous (...) considérons que cette remise en cause de la charte éditoriale porte atteinte au pluralisme des opinions dans la presse économique", insistent les dix économistes.
"L'économie sociale de marché n'est pas un gros mot", soulignent-ils, rappelant l'histoire de ce courant de pensée né en Allemagne après la deuxième guerre mondiale sous l'impulsion des chanceliers conservateurs Konrad Adenauer et Ludwig Erhard, et rallié par les socialistes du SPD en 1959. Ils saluent également la volonté de Challenges de donner la parole à des économistes venus d'horizons variés, "dans un paysage médiatique souvent polarisé". Les économistes s'inquiètent aussi de l'éventuelle disparition du classement annuel des 500 plus grandes fortunes françaises, "source de données unique pour comprendre la transformation du capitalisme français, les inégalités patrimoniales, le rôle de l'héritage et l'émergence de nouvelles formes de richesse". Enfin, la volonté du nouveau propriétaire de nommer le directeur de la rédaction, jusqu'ici élu par ses pairs, est également dénoncée. Mi-novembre, la rédaction de Challenges a interpellé le milliardaire Bernard Arnault, patron de LVMH, pour demander des garanties sur son indépendance et son avenir. Le rachat de Challenges par LVMH doit intervenir début 2026, après un accord trouvé fin septembre avec l'actionnaire majoritaire, Claude Perdriel. Le groupe de luxe détient déjà le groupe Les Echos-Le Parisien, qui comprend les quotidiens éponymes et Radio Classique. Il a aussi racheté cette année la totalité du quotidien libéral L'Opinion et du site d'actualité financière.