Radio France : un pas en avant, deux pas en arrière…
Mercredi, journée à rebondissements autour du "dossier" Radio France. Audition à l'Assemblée nationale, CCE annulé, ministre contrariée et le CSA qui appelle à une médiation. Chronologie.
Mis sur le grill mercredi matin par des députés, le président-directeur général de Radio France, Mathieu Gallet, a farouchement défendu son projet et son poste. "J'ai encore quatre ans de mandat et pendant quatre ans, je ne lâcherai rien sur mes convictions", a-t-il lancé devant les députés de la Commission des affaires culturelles de l'Assemblée, qui lui demandaient comment sortir de la grève et maintenir les missions de service public tout en réduisant les coûts. Face aux députés, le patron de Radio France a défendu pied à pied ses projets pour le groupe, à commencer par le développement du numérique, le rajeunissement des audiences et l'extension du réseau de France Bleu. "Je vais continuer sur ce projet, le défendre, le mettre en place avec les collaborateurs", a-t-il martelé, déterminé malgré la grève, la plus longue qu'ait connue la radio publique depuis mai 68. "Toute la Maison de la radio devra porter ces efforts, mais si je liste vos questions, je ne sais pas trop où je vais faire des économies", a-t-il rétorqué aux députés. Selon lui, la grande majorité du personnel le soutient. "Ma conviction est que les salariés de Radio France dans leur grande majorité sont pour" mon projet. "Je reçois des messages, notamment des gens de France Bleu, qui me disent "tenez bon", qui me renforcent dans ma conviction", a-t-il dit. Pour mettre en œuvre ce projet, "on aura peut-être besoin d'une intervention extérieure pour nous aider sur le retissage du dialogue social", a-t-il reconnu. Ce qui signifie un éventuel recours à des experts extérieurs, a précisé ensuite la direction, mais pas à la médiation réclamée par les syndicats comme préalable à la sortie de la grève.
Quant aux critiques sur ses relations avec le personnel, il a reconnu qu'il n'était "pas quelqu'un de très expansif". "Mais il faut arrêter de penser que je suis quelqu'un de malpoli." "Je sais serrer la main et dire bonjour, y compris dans les ascenseurs", a-t-il affirmé. Il a aussi écarté toute critique sur l'embauche de consultants à l'INA et à Radio France, révélée par Le Canard enchaîné. "Ca fait quatre semaines que le Canard me canarde", a-t-il déploré. Selon l'hebdomadaire, "j'ai dépensé un million d'euros en quatre ans en conseils de communication. Grosso modo, c'est un conseil coiffure et maquillage", a-t-il ironisé. "Moi, je défends qu'on a besoin d'expertises externes". "Où est le problème?"a-t-il ajouté.
Faute de CCE, Fleur Pellerin va prendre « rapidement » des décisions
Du côté des grévistes, réunis au même moment en assemblée générale, le climat restait très tendu. Pendant l'audition du PDG, qu'ils ont en partie suivi en direct, les syndicats ont publié un communiqué intitulé "ne rien lâcher". Une nouvelle AG sur la suite du mouvement devait se tenir vers 15H00. Mathieu Gallet "n'était pas dans un esprit d'ouverture. On a besoin d'un dialogue social et c'est pas en disant "Je ne lâcherai rien" qu'on le fait", a commenté Philippe Ballet (Unsa). "Au CCE, les élus vont lire une motion très forte où ils réaffirment la défiance envers Mathieu Gallet, la nécessité d'une médiation et le rejet du projet qui n'a aucune substance", a-t-il annoncé. Vers 14H00, M. Gallet devait cette fois affronter les élus du personnel en leur présentant un plan stratégique. Et la présentation n’a pas eu lieu. La direction de Radio France a en effet indiqué qu’ « après les déclarations préalables, certains élus, à la demande de plusieurs organisations syndicales, n’ont pas souhaité poursuivre la séance. Faute de quorum, la séance n’a pu se poursuivre et a été levée à 14h45 par le président ». Une attitude qu’elle « déplore », convaincue que la présentation du projet stratégique « était de nature à éclairer les élus, et à travers eux les personnels, sur les choix stratégiques engageant l’avenir de Radio France ». Après la suspension du CCE, la ministre de la Culture Fleur Pellerin a déclaré qu'elle allait prendre des décisions "très rapidement" pour dénouer le conflit.
Ce plan vise en effet à assainir les comptes du groupe (4 600 salariés), en déficit de 21,3 millions d'euros cette année, en raison d'une stagnation des dotations publiques alors que les charges augmentent. Un redressement financier qui passe par des réductions d'effectifs, l'arrêt des ondes longues et moyennes, la création de webradios et une refonte de France Musique, selon ce plan dont l'AFP a obtenu copie. Il est ainsi prévu "une réduction nette d'effectifs de 250 à 330 équivalents temps plein", avec 300 à 380 départs volontaires dans tous les secteurs d'activité, en partie compensés par la création de 50 postes dans de nouveaux métiers. Impact : une réduction de "18 à 24 millions d'euros" de la masse salariale.
SOS Médiateur…
De son côté, le CSA, qui a nommé Mathieu Gallet président de Radio France en mai dernier, a appelé mercredi "l'ensemble des parties" à mettre en œuvre une "médiation" pour débloquer le conflit dans le groupe. Dans un communiqué, l’instance a souhaité "la mise en œuvre d'une procédure de résolution des conflits de nature à surmonter la situation de blocage", c'est-à-dire une "médiation", a précisé le Conseil à l'AFP. Le CSA s'est dit "soucieux de la sauvegarde des missions de service public, dont il est un garant particulièrement attentif aux préoccupations des salariés et des auditeurs, conscient des difficultés structurelles notamment financières de Radio France". Le Syndicat national des journalistes, non gréviste, a lui aussi appelé à la nomination d'un médiateur. Tout comme les élus CFDT – CFTC – CGT – SNFORT – SUD - UNSA du CCE qui s’associent à la demande de médiation « pour sortir de cette impasse ». Ils en appellent également au ministère de la Culture qui « doit prendre ses responsabilités », et au CSA pour « tirer toutes les conclusions de la situation ».