Rapport Alloncle : 69 recommandations pour un audiovisuel public en "crise"

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Publié ce mardi sur le site de l'Assemblée nationale, le rapport du député Charles Alloncle est l'objet de vives critiques.

Au bout de près de six mois de travaux parlementaires émaillés de nombreux incidents et polémiques, les 551 pages du rapport de la commission d'enquête sur la "neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public", ont été mises en ligne mardi matin sur le site de l'Assemblée nationale. L'audiovisuel public est en "crise" et ne répond plus aux "attentes des Français", juge le député UDR Charles Alloncle. À ses yeux, le secteur dont les piliers sont France Télévisions et Radio France, est aujourd'hui en "crise" financière et administrative. Et il aurait "(perdu) le contact avec les attentes des Français", écrit-il. Le parlementaire pointe des exemples illustrant selon lui des "biais militants", "une hostilité ciblée et assumée" à l'égard du RN chez certaines figures de la télé ou de la radio publiques, ou "l'humour érigé en expression militante". Parmi les "dysfonctionnements", "le plus grave est sans équivoque le désengagement des autorités de tutelle et de contrôle, lequel a permis les dérives de ce service public". Il vise par là l'État et la Cour des comptes.

Il a immédiatement été accusé de vouloir affaiblir l'audiovisuel public. "Disons-le clairement : ce rapport passe malheureusement à côté de l'essentiel. C'est une occasion manquée", a taclé sur X le Premier ministre Sébastien Lecornu. Les travaux avaient été lancés à la demande de l'UDR, le petit parti d'Éric Ciotti, allié du RN, dans la foulée des accusations de proximité avec la gauche envers les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen.

Les recommandations du rapport

A travers 69 recommandations (voir fin de l'article pour l'intégralité), le député préconise plus d'un milliard d'euros d'économies sur les quatre milliards que reçoit l'audiovisuel public de l'État pour faire fonctionner France Télévisions, Radio France et France Médias Monde (France 24, RFI). Cela passerait notamment par la suppression de la chaîne jeunesse France 4 (n° 44), la fusion de France 2 et France 5 (n° 45), où sont diffusés magazines et documentaires, ou encore celle de franceinfo et France 24 (n° 46) ainsi que celle des réseaux télé et radio France 3 Régions et ICI (n° 47).

Parmi les autres recommandations du rapport : soumettre les marchés de programmes audiovisuels aux règles de la commande publique (n° 21),  défendre un audiovisuel public souverain par la création d’un label "contenu original français" (n° 35), rationaliser les formations musicales de Radio France en fusionnant les deux orchestres afin de réaliser 13 millions d’euros d’économies (n°52), instituer une obligation légale d'avenant contractuel précisant les jours de présence effective pour tout cumul d’un emploi public à temps plein avec un mandat électif rémunéré (n°57) ou encore recentrer la déduction forfaitaire spécifique des journalistes en divisant son plafond par deux et en la réservant aux contribuables dont les revenus sont inférieurs au salaire médian, afin d’en renforcer l’équité et de réduire son coût pour les finances publiques (n° 67).

Une majorité des recommandations du rapport porte sur France Télévision. Sa présidente Delphine Ernotte Cunci a immédiatement réagi à la publication du rapport sur X : "tout ça pour en arriver là ? (...) à un texte qui prétend renforcer l'audiovisuel public en proposant son affaiblissement historique." Dans un communiqué, la Scam critique également un rapport qui "ignore complètement le contexte stratégique dans lequel évolue désormais l’audiovisuel public. Pas un mot sur la désinformation. Pas un mot sur la concurrence des plateformes mondiales qui capte une grande partie des recettes publicitaires. Pas un mot sur l’actuel bouleversement du secteur par l’IA. Pas un mot sur la pérennité de la création française et européenne. Quand un service public disparaît, il ne revient plus."

Dans l'ombre, la privatisation ?

De son côté, le président de la commission d'enquête, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus a accusé Charles Alloncle de vouloir "préparer les esprits" à une privatisation de France Télévisions et Radio France, souhaitée par ses alliés du Rassemblement national. Selon son avant-propos au rapport, l'objectif de Charles Alloncle était de jeter "le discrédit et d'une certaine manière l'opprobre" sur le secteur, dont il souligne au contraire les "atouts considérables", la radio France Inter dominant par exemple largement les audiences. Dès l'adoption - de justesse - du rapport la semaine dernière, le président du RN Jordan Bardella a réaffirmé la promesse de "privatisation", dont la mise en application serait très complexe aux yeux d'experts, si son parti arrive au pouvoir. Charles Alloncle se défend de porter un tel projet.  Ce rapport, "c'est le début du débat", a lancé le député RN Sébastien Chenu devant la presse. "Il y a aura un avant et un après". A l'autre bord, Mathilde Panot, patronne des députés LFI, juge qu'il faut un audiovisuel public "à la fois indépendant, suffisamment doté, ce qui n'est pas le cas, mais aussi pluraliste".

Cible de nombreuses critiques pour ses méthodes qualifiées d'"inquisitoriales", mais applaudi dans les rangs des contempteurs de l'audiovisuel public, Charles Alloncle, 32 ans, espère traduire une partie de son rapport dans une proposition de loi. Il souhaiterait que le sujet des conflits d'intérêts soit ainsi au menu de la niche de l'UDR le 25 juin à l'Assemblée nationale.

L'INtégralité des 69 recommandations

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