Rapport Alloncle : « la meilleure des réponses est sur nos écrans », selon Bruno Patino (Arte France)

la Journée de la Création organisée le 7 mai à l’Université Paris-Panthéon-Assas
Première table ronde de la Journée de la Création, organisée le 7 mai à l’Université Paris-Panthéon-Assas. (© Dahlia Girgis/CB News)

Lors de la Journée de la Création, le patron d'Arte a défendu l'audiovisuel public aux côtés de la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte-Cunci.

Une matinée pour défendre l’audiovisuel public. Plusieurs de ses représentants ont rappelé la place essentielle qu'elle occupe en France, lors de la Journée de la Création organisée le 7 mai à l’Université Paris-Panthéon-Assas. Proposée par le Festival de la fiction, cette deuxième édition a réuni lors d’une table ronde la présidente-directrice générale de France Télévisions Delphine Ernotte-Cunci et le président d’Arte France Bruno Patino pour savoir si “la création audiovisuelle française peut exister sans le service public ?” Sans surprise, les intervenants ont défendu leur travail. Delphine Ernotte a rappelé que France Télévisions représente dans l’Hexagone plus de 30% des investissements dans la création, et près de 35% dans la fiction. Invitée également à la table ronde, la présidente de l'Union Syndicale de la Production Audiovisuelle (USPA) Iris Bucher a ajouté : "près de 700 sociétés de productions indépendantes travaillent avec et pour France Télévisions. C'est absolument colossal". 

Et le public est souvent au rendez-vous ont-ils rappelé. En 2025, Arte France enregistre 3,1% de part d'audience en France (vs 3 % en 2024). La hausse est plus marquée en numérique où la chaîne franco-allemande affiche 3,2 milliards de vidéos vues sur l’année, soit +19% par rapport à 2024. Ses succès d'audience s'expliquent par des documentaires comme Oligarques, le gang de Poutine (6,1 millions de vidéos vues en linéaire et délinéaire) ou la série policière Fatal Crossing – Les filles du ferry (6,6 millions de vidéos vues). Parmi les meilleures fictions, uniquement en délinéaire entre septembre 2025 et janvier 2026, chez France Télévisions : Un si grand soleil (187 millions de vues), Astrid et Raphaëlle (24 millions de vues) ou Tropiques Criminels (15 M de vues).

Pour Iris Bucher : “le public et les spectateurs regardent massivement. Aujourd’hui, beaucoup plus sur internet qu’à la télévision. Et ce n’est pas grave parce que c'est leur bien commun, c’est à eux de décider comment ils veulent le consommer.” Selon les chiffres Médiamétrie, au premier semestre 2025, 13 % de l’audience de la fiction s’est effectué en usage non live, voire 27 % chez les 35-49 ans. À titre d’exemple sur la plateforme Arte.tv, la production Vigil comptabilise 62 % de consommation répartie entre replay à J+28 et preview en janvier 2025.

L’attaque du rapport Alloncle

Malgré ce succès mis en avant, l’audiovisuel public est la cible d'attaques rassemblées sous le “rapport Alloncle”, le rapport de la commission d'enquête sur la "neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public" rendu public mardi dernier. Le document de 551 pages pointe par la voix de son rapporteur, le député UDR Charles Alloncle, un audiovisuel en "crise" qui ne répond plus aux "attentes des Français”. Au total, il préconise 69 recommandations, dont des suppressions de chaîne comme France 4 ou des fusions comme celle de France 2 et France 5.

Pour Pascal Rogard, directeur général de la SACD, et autre intervenant de la Journée de la Création, ce rapport “est un marchepied vers la privatisation auquel il faut répondre par la qualité de la production”. Un point de vue partagé par Bruno Patino, pour qui face au rapport Alloncle : “la meilleure des réponses est sur nos écrans... La ressource intellectuelle et artistique est là, elle est dans ce pays, elle est en Europe”.

Principale cible du rapport, Delphine Ernotte signale que “pour les salariés de l’audiovisuel public, ces six mois ont été atroces. France Télévisions n'appartient à aucun parti, nous appartenons aux Français. Les producteurs doivent continuer à proposer des projets ambitieux, des histoires que nous ne voyons pas ailleurs.” Son confrère d’Arte France complète : “l'audiovisuel privé est financé par les annonceurs, l'audiovisuel public par les citoyens. Et ça, ça fait une différence fondamentale. Nous proposons de nouvelles écritures, de nouvelles créations, des regards différents, des choses qui évidemment ne seraient pas financées par les annonceurs.”

Des défis à relever

L’audiovisuel public a toujours plusieurs défis à relever : l’évolution des usages, l’arrivée de nouveaux acteurs technologiques puissants, l’essor de l’intelligence artificielle ainsi que des baisses de financement récurrentes. En 2026, une baisse de dotation d’environ 86 millions d’euros a notamment visé France Télévisions, Radio France, et l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Bruno Patino prône un “pacte de refondation, avec un financement important pour permettre à ce secteur de se retrouver, car si nous ne donnons pas aux services publics les moyens technologiques, humains et financiers d'y arriver, nous allons avoir un problème dans notre contrat social.”

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