Un rapprochement Netflix-Warner Bros à près de 83 milliards $ qui inquiète
Depuis septembre dernier, la rumeur allait bon train. Elle s’est matérialisée vendredi avec l’annonce par Netflix et Warner Bros. Discovery (WBD) d’un accord concernant le rachat par le service de streaming américain de Warner Bros., incluant dans les faits ses studios de cinéma et de télévision, HBO Max et HBO. Toutefois, la transaction devrait être finalisée après la séparation, déjà annoncée depuis quelques mois, de la division Global Networks de WBD, Discovery Global, en une nouvelle société cotée en bourse*, séparation désormais prévue pour le troisième trimestre 2026. La transaction en numéraire et en actions est donc valorisée à 27,75 dollars par action WBD, pour une valeur d’entreprise totale d’environ 82,7 milliards de dollars (72 milliards de dollars hors dette).
L’opération permet ainsi à Netflix de mettre la main sur des franchises, séries et films, tels que The Big Bang Theory, Les Soprano, Game of Thrones, Le Magicien d’Oz et l’univers DC qui rejoindront donc le catalogue de Netflix comprenant pour sa part, notamment, Wednesday, La Casa de Papel, La Chronique des Bridgerton, Adolescence ou encore Tyler Rake. « Notre mission a toujours été de divertir le monde (…) En combinant le catalogue de Warner Bros., avec des classiques intemporels comme Casablanca et Citizen Kane ou encore, plus près de nous, des succès comme Harry Potter et Friends, avec nos titres qui définissent la culture (…), nous pourrons le faire encore mieux. Ensemble, nous offrirons davantage de ce que les audiences aiment et contribuerons à définir le prochain siècle de narration », souligne Ted Sarandos, co-directeur général de Netflix dans le communiqué.
Au-delà des inquiétudes que peut d’ores et déjà générer cette opération pour les professionnels du cinéma, Netflix tente de rassurer et met en avant qu’il prévoit de « maintenir les opérations actuelles de Warner Bros. et de s’appuyer sur ses points forts, notamment la sortie en salles de ses films ». En creux, également cette idée que le service streaming jouera à plein le catalogue des contenus de HBO et HBO Max et pourra ainsi « optimiser ses formules d’abonnement, améliorer les options de visionnage et élargir l’accès aux contenus », plaide-t-il. De même, toujours au chapitre des engagement, Netflix entend aussi avec cette opération « améliorer » ses capacités de production aux Etats-Unis, tout en continuant « à investir dans les contenus originaux sur le long terme, ce qui créera des emplois et renforcera l'industrie du divertissement ». Quoi qu’il en soit, avec les catalogues Netflix et Warner, l’ambition est affichée : « offrir davantage d’opportunités de travailler sur des propriétés intellectuelles connues, raconter de nouvelles histoires et toucher un public plus vaste que jamais ». Côté finance, enfin, Netflix dit s’attendre à « réaliser au moins 2 à 3 milliards de dollars d’économies annuelles à partir de la troisième année et s’attend à ce que la transaction accroisse le bénéfice net par action ». La conclusion de la transaction est soumise aux approbations réglementaires.
Hollywood s’inquiète
Evidemment, la transaction à venir, si elle est validée, suscite l'inquiétude d'une partie d'Hollywood, des exploitants de cinémas et d'élus quant à l'avenir de la diffusion en salles et à une concentration excessive du secteur. En effet, elle placerait sous un même toit deux des trois plus grosses plateformes mondiales de vidéo à la demande (en excluant Amazon Prime au modèle hybride), soit plus de 300 millions d'abonnés pour Netflix et 128 pour HBO Max. Au total, les futurs mariés investissent chaque année plus de 20 milliards de dollars en contenus, ce qui ferait de l'entité fusionnée, le premier acteur sur la planète en la matière, de loin. Dès mercredi dernier, le sénateur républicain Mike Lee avait prévenu, sur X, que ce projet « devrait alarmer les autorités de la concurrence partout dans le monde ». Pour sa collègue démocrate Elizabeth Warren, il « menace d'augmenter le prix des abonnements, d'entraîner un choix plus réduit, (...) tout en menaçant l'emploi aux Etats-Unis ». Un officiel, cité par la chaîne CNBC sous anonymat, a indiqué que cette acquisition suscitait un « fort scepticisme » au sein du gouvernement Trump.
Mercredi, David Ellison, patron du groupe de médias Paramount Skydance, candidat à la reprise de Warner Bros, a exposé à Donald Trump et des membres du Congrès ses réticences face à la solution Netflix, susceptible de fausser la concurrence, selon lui. Le dirigeant a l'oreille du président, qui est proche de son père Larry Ellison, président de l'entreprise technologique Oracle. Le gouvernement Trump a donné en juillet sa bénédiction au rachat de Paramount par Skydance Media, initié par David Ellison.
Par extension, plusieurs acteurs d'Hollywood, au diapason d'Elizabeth Warren, redoutent que le chef de l'Etat n'utilise le pouvoir du régulateur comme levier pour dicter ses conditions ou privilégier un fidèle. « Ce qui me terrifie (...), c'est la façon dont ce gouvernement s'est servi de projets de fusions comme instruments de pression politique et de censure », a écrit la comédienne Jane Fonda dans une tribune publiée par le site spécialisé The Ankler. Pour obtenir le feu vert de la FTC, Skydance avait ainsi promis à la FCC, un autre régulateur américain, des changements de ligne éditoriale au sein de la chaîne CBS, accusée par Donald Trump d'être « hors de contrôle ».
Le secteur du cinéma « la corde au cou »
Outre la concurrence dans le streaming, de possibles conflits d'intérêt et une atteinte à la liberté d'expression, la fédération d'exploitants Cinema United voit dans l'absorption de Warner Bros par Netflix « une menace sans précédent » pour les salles obscures. De son côté, Ted Sarandos, interrogé vendredi lors d'une conférence téléphonique avec des analystes, a assuré que Netflix entendait réduire la période d'exclusivité avant la diffusion en vidéo. Souvent fixé à 45 jours, ce délai a été ramené, après la pandémie de covid-19, à un mois, voire 17 jours dans certains cas. Dans une lettre adressée à des membres du Congrès, un collectif de producteurs a averti que le passage de Warner Bros sous le giron de Netflix reviendrait à mettre "la corde au cou du secteur" des salles de cinéma.
* : En juin 2025, WBD avait annoncé son intention de séparer ses divisions Streaming & Studios et Global Networks en deux entreprises distinctes cotées en bourse. La nouvelle entité cotée, Discovery Global, comprendra des marques telles que CNN, TNT Sports aux États-Unis, Discovery, des chaînes gratuites en Europe, ainsi que des entités numériques telles que Discovery+ et Bleacher Report.