IA générative : il est urgent d’instaurer une norme mondiale de traçabilité des contenus postés sur les réseaux sociaux

CohenCharles

Alors que les contenus générés par intelligence artificielle pullulent en ligne, l’absence de normes communes pour identifier ce qui est façonné par la main de l’homme ou par l’algorithme des machines pose déjà des problèmes : désinformation, usurpation d’identité, arnaques, contenus haineux, contenus sexuels explicites… les conséquences peuvent être lourdes.

IA partout et tout le temps

Aujourd’hui, on estime à près d’un quart la part des contenus générés par IA postés sur les réseaux sociaux quotidiennement. Sans le savoir nous consommons de plus en plus de contenus qui ne sont plus uniquement le fruit de la créativité humaine mais émanent d’outils de plus en plus perfectionnés affichant des performances jusque-là inégalées : rapidité de création et d’exécution, simplicité d’utilisation, réduction des coût et des moyens techniques… Pour un rendu à s’y méprendre. Ce qui prenait hier des jours et engageait des moyens financiers importants se fait aujourd’hui en quelques clics à prix cassés, parfois au détriment de la qualité, de la singularité et de l’originalité. Néanmoins, on peut s’attendre à ce que ces contenus industrialisés à grande échelle représentent la majeure partie des contenus postés sur les réseaux sociaux dans les années à venir. Mais ces contenus conçus en quelques clics séduisent autant qu’ils trompent. Derrière cette apparente magie, une réalité s’impose : celle d’un monde où le faux devient indiscernable du vrai.

Sans traçabilité, la confiance dans l’IA n’est rien

Chaque révolution qu’elle soit culturelle, industrielle ou technologique redessine les modèles établis et bouleverse les usages. Les changements sont rapides, profonds, et les cadres existants sont très vite trop étroits. Avec celle de l’IA, plateformes comme utilisateurs, tout le monde perd un peu le contrôle et la frontière entre un contenu créé par un « humain » et un contenu généré par IA est poreuse. Il est de plus en plus difficile de les différencier. Dans ce nouveau paradigme et alors que les usages numériques explosent, l’absence de garde-fou peut mener à des crises majeures car un contenu faux créé par IA et booster par les algorithmes des plateformes peut faire des dégâts considérables en un temps record. Aujourd’hui, beaucoup de ces contenus relèvent de la désinformation politique, de campagnes de manipulation de l’opinion, de la contrefaçon numérique, d’arnaques à grande échelle, de contenus illicites. La confiance des utilisateurs est alors en jeu. Cette surexploitation des contenus générés par IA contribue également à une standardisation de masse. Car derrière la question de la traçabilité se joue un enjeu plus profond : celui de la valeur du contenu.

À mesure que les productions générées par IA se multiplient, leur homogénéité et leur banalisation entraînent une baisse de la qualité et de la singularité. Si tout peut être créé en un clic, tout finit par se ressembler. Aujourd’hui le marché est dominé par une poignée d’acteurs, eux-mêmes déjà en position de force dans le monde numérique. Ce sont eux qui fixent les règles. Alors dans un monde standardisé, abreuvé de contenus artificiels, quand la singularité et la création sont en perte de vitesse et laisse place à une uniformisation, la lassitude apparaît.

Le watermarking, ou comment redonner confiance

Le watermarking, ou marquage numérique, consiste à apposer une signature visible ou invisible sur un contenu généré par IA. Certaines solutions existent déjà : Sora 2 intègre un watermark visible qui se déplace sur les vidéos. SynthID, développé par Google DeepMind, insère un marquage imperceptible dans les pixels des images. Ces technologies permettent d’attester de l’origine d’un contenu sans en altérer la qualité. Un standard de marquage qui profiterait à tous : aux plateformes pour modérer, aux marques pour se protéger, et aux utilisateurs pour savoir ce qu’ils consomment. A la manière d’un label, d’une AOP ou d’une certification dans le monde du luxe par exemple, leur adoption généralisée constituerait une nouvelle norme pour garantir l’origine et la traçabilité des contenus. Mettre en place ce système global de watermarking est à la fois urgent et réalisable. Les technologies existent. Leur déploiement serait rapide, peu coûteux, et bénéfique à l’ensemble de l’écosystème numérique.

Mais chaque mois qui passe sans cadre commun creuse un peu plus la défiance. Et dans un monde où la confiance est devenue l’une des ressources les plus rares, ne pas agir maintenant, c’est prendre le risque de la voir disparaître pour de bon. Sans cadre commun, la traçabilité restera un vœu pieux — et la désinformation, un marché florissant.

L’Europe peut montrer la voie

L’Europe a déjà prouvé qu’elle pouvait fixer les règles du jeu numérique : RGPD, DSA, DMA… elle a su imposer un cadre quand les géants américains avançaient sans contrainte. Comme elle l’a fait avec la norme USB-C, elle peut aujourd’hui instaurer un standard mondial de traçabilité des contenus générés par IA. Ce label de transparence garantit à chacun — plateformes, créateurs, utilisateurs — de savoir d’où vient ce qu’il voit, lit ou partage afin d’éviter les pièges.

Les technologies existent. Ce qui manque, c’est la décision politique de les rendre obligatoires. Le défi n’est plus technologique : il est démocratique. Dans un monde saturé d’images et de discours produits par IA, la traçabilité n’est pas un gadget, c’est une condition de survie pour la confiance.

(Les tribunes publiées sont sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent pas CB News).

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