À ma place, qu’auriez-vous fait ?

boumendil

Une fable moderne sur le sens du savoir-faire

Connaissez-vous la fable orientale du Sultan et des dattes du Petit Goundi ?

Le sultan d’un royaume lointain était célèbre pour sa gourmandise. Afin d’assouvir son péché mignon, il comptait sur le savoir-faire et l’agilité de Petit Goundi pour lui dénicher les dattes les plus délicates et les plus sucrées. Le Grand Vizir, jaloux de cette proximité inhabituelle entre un souverain et l’un de ses sujets, annonça un jour au Sultan qu’il se chargerait désormais lui-même de lui fournir les plus beaux fruits. Il engagea aussitôt les plus grands négociants pour trouver les plus belles dattes.

Las ! Les négociants eurent beau voyager jusqu’aux confins du Royaume, jamais ils ne parvinrent à trouver des dattes aussi succulentes que celles de Petit Goundi. Les négociants finirent par convoquer ce dernier en secret. « Acceptes-tu de nous aider ? Toi seul sais trouver les plus beaux palmiers qui donnent les dattes les plus charnues et les plus tendres. Mais ni le Grand Vizir ni le Sultan ne doivent savoir que c’est toi qui es le véritable dénicheur de ces merveilles. ». Petit Goundi refusa : « Je n’ai rien fait qui mérite que je me cache. Et le Sultan, notre maître à tous, mérite la vérité. »

Ce conte est d’un autre temps, et pourtant, il n’est pas loin de ce qui nous arrive

Depuis la fin du confinement, deux grandes agences de publicité ont en effet convaincu trois des clients de Sixième son de changer d’identité sonore. Elles ont expliqué que la période se prêtait aux changements, qu’elles avaient le savoir-faire et qu’elles n’avaient aucunement besoin de Sixième son. En réalité incapables de mener à bien ce genre de chantier, ces agences de pub ont sollicité des artistes jeunes et plutôt branchés. Ironie de l’histoire, les agents de certains de ces artistes ont, à leur tour, contacté Sixième son, tenant tous à peu près le même discours : « Nous sommes intéressés par le projet mais nous ne savons pas faire, nous n’avons même aucune expérience dans ce domaine ».

La semaine passée, cerise sur le gâteau - ou plutôt datte sur le loukoum - un agent d’un de ces artistes nous appelle, « Puisque vous êtes la référence en matière d’identité sonore, on pourrait travailler ensemble, mais vous ne devez pas apparaître car cela vexerait l’agence de pub ».

Refuser du travail par les temps qui courent peut sembler un peu fou, je sais, mais nous ne collaborerons pas à ces projets.

D’abord parce qu’à accumuler inutilement les prestataires, le coût payé par le client final est injustement majoré et ne reflète pas la valeur réelle du travail.

Ensuite, parce que la réussite d’une identité sonore – exactement comme la réussite d’une marque – ne tient pas simplement à sa conception mais aussi beaucoup à son déploiement et à l’accompagnement une fois le projet lancé. La gestion d’une marque et d’une identité sonore n’est pas qu’une question de « musique ou de jingle ». Empiler des cohortes d’intermédiaires - dont certains reconnaissent qu’ils n’y connaissent rien ! - est le meilleur moyen de mener le client final et sa marque à l’échec.

Enfin, je me trompe peut-être mais tout ça me semble terriblement appartenir à « l’ancien monde ». Cette idée que ce qui a été fait par d’autres, il faut par principe en faire table rase sans chercher à comprendre... Cette idée qu’on pourrait faire travailler quelqu’un mais en lui demandant de ne pas apparaître… Tout ça ne ressemble pas au monde nouveau auquel je veux contribuer.

Refuser du travail par les temps qui courent peut sembler un peu fou, je sais. C’est aussi pour cela que je me tourne vers vous tous. Je lisais la tribune estivale d’Assaël Adary à propos des bonnes pratiques que la com’ doit suivre. Cette tribune me réconforte un peu. Les collaborations fructueuses et les échanges constructifs que nous avons avec un grand nombre d’agences aussi. Je suis par ailleurs avec attention les discussions initiées par des associations professionnelles comme Sporsora ou Com-Ent sur la « GoodCom ».  Mais comment passer des paroles aux actes sans créer de tension ? C’est pour cela que je serai content de vous lire.

À ma place, qu’auriez-vous fait ?

(Les tribunes publiées sont sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent pas CB News).

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