Intelligence artificielle, visibilité artificielle : le nouveau piège des LLM
Pendant plus de vingt ans, la visibilité en ligne s’est construite autour d’un principe simple : apparaître dans les résultats d’un moteur de recherche. Ce modèle, structuré et mesurable, a façonné les stratégies marketing et donné naissance à tout un écosystème d’optimisation. Ce cadre est en train de disparaître.
Avec l’essor des modèles de langage (LLM) comme ChatGPT, Claude ou Gemini, nous ne consultons plus des listes de résultats : nous dialoguons avec des systèmes capables de formuler directement des réponses. La visibilité n’est plus une position dans une liste de résultats, mais une présence dans un discours généré, contextuel et souvent unique.
Ce basculement est encore largement sous-estimé et beaucoup d’entreprises continuent d’appliquer les méthodes du SEO traditionnel à ces nouveaux outils. Certaines vont jusqu’à industrialiser des simulations de requêtes utilisateurs via des réseaux de proxies, dans l’espoir d’obtenir artificiellement les positions de ces marques dans les LLM.
L’intention est compréhensible, la promesse aussi : produire du volume, lisser les résultats, faire émerger des tendances. Dans cette optique, des approches comme l’utilisation de proxies permet notamment d’observer le positionnement d’une marque dans différents contextes de réponse générés par les modèles. Mais cette approche repose aussi sur une idée de plus en plus fragile : croire qu’une réponse fournie à un proxy serait celle fournie à un utilisateur humain. En effet, les réponses des LLM sont fortement dépendantes des requêtes passées. Les réponses LLM aux proxies ne correspondent pas aux réponses faites à un humain
C’est ici que naît une confusion plus profonde : à force de vouloir tout mesurer avec les outils d’hier, on finit par construire une illusion de maîtrise. Les indicateurs rassurent ou à l’inverse inquiètes, les volumes impressionnent, les dashboards donnent le sentiment de comprendre. En réalité, ils ne font souvent que refléter des comportements artificiels, déconnectés de l’usage réel des modèles.
Le risque pour les entreprises est alors de prendre des décisions stratégiques sur une lecture biaisée de leur visibilité.
Mais des solutions existent. À condition de sortir des logiques de volume et des approches simplistes, de croiser les outils et les méthodes, et surtout d’en comprendre les limites. La mesure de la visibilité dans les LLM est désormais un véritable sujet d’expertise. Elle ne se résume plus à l’industrialisation de requêtes, mais à la compréhension d’un écosystème beaucoup plus complexe. Cette exigence a un prix : celui de la méthode, de l’expertise et de l’investissement.
Dans l’économie des moteurs de réponse, la fiabilité de la donnée devient un enjeu stratégique. Ceux qui sauront la construire (et non la simuler) prendront une longueur d’avance. Les autres continueront à piloter une visibilité…artificielle.
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