Loi et Influence : considérer l’enfant d’influenceur, ou l’enfant influenceur ? 

L’Assemblée nationale a adopté le 12 février dernier une proposition de loi visant à donner un cadre légal aux vidéos mettant en scène des enfants "influenceurs". L’objectif de cette loi est de protéger les activités rémunératrices des mineurs de moins de 16 ans sur le net.

La France peut se féliciter d’être à l’avant-garde sur le sujet (et d’être le premier pays à adopter une loi si la proposition est adoptée au terme de son parcours législatif). Et il n’y avait pas de raison que le travail de ces enfants - quand ça en est - ne soit pas encadré au même titre que les activités des enfants comédiens ou mannequins, et surtout lorsque l’on observe les dérives en la matière outre-Atlantique ...

Parmi les différentes dispositions prévues par la loi, la réglementation des “vlogs” familiaux où les enfants peuvent être mis en scène dans des vidéos sans qu’une relation de travail soit établie mais dépassant tout de même la simple activité de loisir. Il s’agit d’encadrer le temps passé (les seuils devraient être connus prochainement mais on peut supposer que le modèle sera calqué sur celui des enfants mannequins) par les enfants qui contribuent à la production de ces vidéos. Par ailleurs, on parle beaucoup des vidéos, mais rappelons que l’influence s’exerce sur de nombreuses plateformes, qui hébergent des contenus de différents formats, tous pouvant utiliser des enfants - ou être utilisés par des enfants.

C’est d’ailleurs là où le bât blesse : pour aller au bout du sujet, il convient de bien distinguer qui, du parent ou de l'enfant, est l’influenceur, et donc quelle est l'audience ?

Pourquoi ? Car le risque vient surtout des chaînes "tenues" par des enfants, suivies par des milliers d'abonnés, du même âge, pour lesquelles certains parents, probablement face au potentiel de monétisation, risquent d'y associer une notion de contraintes, voire d'horaires de travail (les fameuses dérives observées outre-atlantique dont on parlait). Dans les cas des chaînes tenues par les parents, qui visent d'autres parents, et pour lesquelles les enfants sont parfois présents, ces règles sont dans les faits souvent respectées.

Si l’enfant est mis en scène dans des posts ou des vidéos réalisés en partenariat avec une marque, de nombreuses règles et recommandations de l’ARPP doivent être respectées.

De manière générale, tous les procédés publicitaires qui ciblent des enfants doivent redoubler de transparence vis-à-vis de l’audience. En d’autres termes : afficher clairement quand il s’agit de partenariats rémunérés et respecter les règles déontologiques et légales de représentation des enfants.

Parmi les autres dispositions prévues par cette loi, l’obligation de placer les revenus des mineurs à la Caisse des dépôts et consignations, jusqu'à leur majorité.

Si cette nouvelle va rassurer les abonnés de ces jeunes influenceurs - parfois fans - soucieux de la trajectoire de ces profils, rappelons que dans le cas des campagnes d’influence encadrées, c’est déjà le cas. Si les parents de l’enfant doivent inscrire leur enfant dans une agence de mannequin pour pouvoir exploiter son image, cette obligation légale prévoit aussi de protéger les revenus qui reviennent de droit à l’enfant, et que lui seul pourra débloquer à sa majorité.

Si cette nouvelle loi est une bonne nouvelle et va dans le sens de la professionnalisation du marketing d’influence, un flou subsiste. Quid d’aller plus loin pour bien distinguer et prendre les mesures adaptées à chaque situation : le cas des parents influenceurs qui utilisent l’image de leur enfant VS les enfants influenceurs à qui il faut fixer des limites pour ne pas confondre loisir et travail ?

A l’instar de Nabilla, de nombreux influenceurs affichent leurs enfants dans leurs posts.

Bien sûr, Nabilla était connue et largement suivie avant d’être maman. Mais dans certains cas, la parentalité affichée peut contribuer à élargir l’audience des influenceurs et donc à augmenter les revenus générés par leur activité d’influenceur. Est-ce que l’engagement suscité autour des posts concerne Nabilla ou son fils Milann ? Si Nabilla est rémunérée par une marque pour promouvoir un produit et qu’elle utilise l’image de son fils pour le faire (sans que cela soit demandé par la marque), comment déterminer la part de revenus qui pourrait revenir à son enfant ? Réflexion à mener, précautions à prendre, et affaire à suivre.

(Les tribunes publiées sont sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent pas CB News).

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