Mobiliser plutôt que convaincre : quand la communication devient levier d’engagement
Nous vivons une époque paradoxale. Jamais nous n’avons eu autant de moyens de communication, ni autant de causes exigeant notre mobilisation – sociale, environnementale, démocratique. Et pourtant, l’attention se dilue, la défiance s’installe, le collectif se divise. Comment, alors, recréer du lien, susciter l’action, faire émerger des comportements qui rassemblent et préservent le lien social ? À cette question, je crois qu’il existe une réponse exigeante et prometteuse : celle d’un marketing et d’une communication pensés non pas pour vendre, mais pour mobiliser.
Depuis plusieurs années, des disciplines comme les sciences comportementales, la psychologie sociale ou l’économie expérimentale éclairent les leviers de l’engagement. Elles montrent que les individus ne réagissent que très peu aux chiffres et à l’information, et bien plus à la manière dont le message émeut, touche, interpelle. Qu’il s’agisse de donner à une association, de s’impliquer dans la vie locale de sa collectivité, ou d’adopter un comportement plus durable au travail, ce ne sont ni les chiffres ni les injonctions qui déclenchent le passage à l’acte – mais l’émotion, la résonance, le sentiment d’utilité.
Le "nudge", par exemple, popularisé par Richard Thaler et Cass Sunstein, repose sur cette idée : modifier l’environnement de décision pour encourager sans contraindre. Utilisé intelligemment, il peut faire préférer un mode de transport plus écologique, inciter à trier ses déchets ou favoriser le don régulier à une ONG. Mais le nudge ne suffit pas. Il faut aussi raconter, incarner, relier.
Dans un monde saturé de messages, les campagnes qui émergent sont celles qui parlent vrai, qui créent un écho intime avec leur public. Celles qui, au lieu de cibler, préfèrent comprendre. C’est là qu’intervient l’expertise des professionnels de la communication de l’intérêt général : ceux qui savent co-construire des récits avec les citoyens, traduire une politique publique en bénéfice concret, aider les marques à articuler leurs engagements avec les attentes de leurs collaborateurs.
Mobiliser, cela signifie aller au-delà de la sensibilisation. Cela suppose d’écouter les peurs, de reconnaître les tensions, de faire place aux contradictions. Cela implique aussi, souvent, de réconcilier efficacité et sincérité. On peut concevoir une stratégie fondée sur la donnée et les A/B tests, tout en respectant la sensibilité de ses publics. On peut vouloir maximiser l’impact d’une campagne sans verser dans le sensationnalisme. C’est cet équilibre que l’expertise permet d’atteindre.
Je suis convaincue que le défi de notre temps est moins celui de l’innovation technologique que celui de la pertinence relationnelle. Savoir à qui l’on s’adresse, pourquoi, et dans quelle dynamique d’engagement s’inscrire : voilà le cœur du métier de communicant. Un métier à la croisée du sens, de l’empathie et de la rigueur analytique.
Alors que les entreprises, les associations et les institutions cherchent à renforcer leur utilité sociale et leur lien à leurs publics, il est temps de reconnaître la valeur stratégique d’une communication orientée vers l’impact, non l’image ; vers l’action, non la réaction. Car au fond, mobiliser, c’est créer des ponts. Entre une promesse et une preuve. Entre un acteur et ses parties prenantes. Entre une société qui doute, et celles et ceux qui veulent encore y croire.
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