édito
par Christian Blachas
Le tempo du temps
Selon une étude réalisée par la lettre CFnews, 88 entreprises de médias sont actuellement à la recherche soit de repreneurs, soit d’investisseurs pour renforcer leurs fonds propres. C’est un chiffre très important.
Certes, les médias ont toujours eu besoin de cash ces dernières années. Mais cette fois, le besoin est de plus en plus pressant. Car les évolutions technologiques, les comportements des lecteurs et des annonceurs ont condamné les médias à redéfinir leur modèle économique. Or cette « révolution » indispensable nécessite du temps. Qui plus est, quand ces mêmes médias s’attaquent à une politique drastique de réduction de coûts, c’est, la plupart du temps, pour réduire la masse salariale.
Or, compte tenu de la convention collective de la presse, se séparer de salariés coûte extrêmement cher. D’où, quoi qu’il arrive, un besoin de cash. Et on trouve de moins en moins d’investisseurs acceptant de financer ces coûts de restructuration avant même d’étudier les business plans à moyen ou long termes. C’est toute la limite des fonds d’investissement, dont la philosophie et la raison d’être reposent sur un retour sur investissement relativement rapide. Dès lors, comment faire ? Que faire ?
Les médias peuvent difficilement faire mieux dans la gestion de leur entreprise. Depuis cinq ans, la chasse au gaspi a été institutionnalisée partout. Toutes les réductions de coût ont été analysées, disséquées, réalisées.
Reste une seule solution : un changement profond de la mentalité des investisseurs, pour qu’ils acceptent un ROI sur du plus long terme. Et là, on peut dire que ce n’est pas gagné. Car finalement, cela repose le problème du capitalisme actuel. Et donc du fonctionnement de l’économie. Il serait donc utopique de croire à un changement subit des mentalités et des fonctionnements. Pourtant, il faut bien que chacun y mette du sien, dans cette révolution copernicienne. Trop habitués aux bascules spectaculaires qui précédèrent l’éclatement de la bulle Internet, trop d’investisseurs s’accrochent encore à l’idée que les nouveaux médias permettent des plus-values rapides.
C’est faux. Le moindre développement nécessite beaucoup de temps. Quel que soit le média. Or le temps… c’est de l’argent. C’est ce qui s’appelle se mordre la queue.
CB News 30/08/2010 - Christian Blachas

