Mediapart : un capital « incessible, inviolable et inattaquable » 

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Edwy Plenel et Marie-Hélène Smiejan lors de la conférence de presse du 02/07/2019

(© Thierry Wojciak/CBNews)

« L’événement le plus important depuis l’existence du journal ». La phrase est de Fabrice Arfi, co-responsable des enquêtes de Mediapart. Le pure player d’information présentait en effet mardi le fruit de 3 ans de réflexion permettant de se prémunir contre de possibles querelles de successions, batailles de pouvoir et autres opérations spéculatives, pour des cofondateurs (François Bonnet, Laurent Mauduit, Edwy Plenel et Marie-Hélène Smiejan) qui préparent le passage de témoin. Et pour cela, avec l’ensemble des salariés, ils ont concocté une nouvelle structure « non capitaliste à but non lucratif », explique M. Plenel. Un dispositif approuvé par plus de 93% des salariés, sur plus de 91% de participation.

Et pour rendre l’indépendance de Mediapart « éternelle » et que son capital soit « incessible, inviolable et inattaquable », insiste Edwy Plenel, le montage (complexe) n’a pas lésiné sur les strates étanches entre elles (voir schéma).  Ce sont ainsi 100% du capital de Médiapart qui seront cédés à un fonds de dotation, à mi-chemin entre une fondation et une association, très utilisé dans le champ culturel, mais pas encore expérimenté dans la presse, selon Edwy Plenel. Baptisé « Fonds pour une presse libre » (FPL), cette structure assurera prioritairement une mission d'intérêt général, pour soutenir la liberté de la presse, mais permettra également de sanctuariser le capital du pure player en le dissociant de ses fondateurs. Un montage qui passera par une structure intermédiaire, la « Société pour la protection de l'indépendance de Médiapart » (SPIM). Contrôlée par le FPL, elle détiendra la totalité du capital de Médiapart, qui sera statutairement incessible. Parallèlement, une troisième entité, l'ADS (Association pour le droit de savoir) garantira le bon fonctionnement du nouvel ensemble. Formée de salariés et anciens salariés de Médiapart, elle aura un droit de veto sur les statuts de la FPL et de la SPIM, servant ainsi de « verrou », selon Edwy Plenel.

Mediapart valorisé 16,3 M€

En vue de la cession de toutes leurs parts, Médiapart, qui revendique aujourd’hui plus de 150 000 abonnés et une marge d'exploitation « de 18% », souligne M. Plenel, a été valorisé à 16,3 millions d'euros par des experts indépendants. Le rachat sera ainsi financé par les excédents du journal (4,4 millions), des donations effectuées par des actionnaires (à hauteur d'un million), et un emprunt bancaire (10,9 millions d'euros) contracté par la SPIM. Dans les faits, le dispositif pourrait voir le jour « en septembre-octobre » après une période studieuse, en juillet-août, de rédaction des statuts, de mise en place du financement et de constitution des structures. Mais quid du modèle économique et éditorial actuel ? Pour Fabrice Arfi, « ça ne change rien », Mediapart restera financé par ses contenus (abonnements, ventes de livres...), sans toucher de recettes publicitaires, ni de subventions de l'Etat ou des GAFA, ni d'aides de la FPL.  En revanche, ses futurs bénéfices (dont une part ira au FPL pour l'aider à lancer ses activités) seront reversés à la SPIM qui, une fois son emprunt remboursé, pourra s'en servir pour renflouer le journal en cas de coup dur.

Répartition actuelle du capital de Mediapart : 42,08% pour ses cofondateurs (François Bonnet, Laurent Mauduit, Edwy Plenel et Marie-Hélène Smiejan), 1,46% pour la Société des salariés, 16,79% pour la Société des Amis, 1,54% pour F. Vitrani/L. Chemla, 31,81% pour Doxa et 6,32% pour Ecofinance.

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