Quand la presse en dit trop...ou pas assez

« Passion et répulsion. Fascination et détestation. S’il y a bien un sentiment ambigu, contrasté, que l’opinion entretient à l’égard du journaliste, c’est bien celui là… Depuis quelque temps ce serait plutôt le scepticisme, l’animosité à l’égard des journalistes qui serait le sentiment le plus répandu »...

Dès le 1er paragraphe, le décor est planté. Ce livre au titre au 2ème degré, le Président de la République ayant lui même formulé le niveau inférieur, s’attaque au mythe du journalisme d’investigation posant la question : celui ci « est-il un journalisme d’inquisition ou un journalisme citoyen, dénué de toute arrière pensée chez leurs auteurs ? ». Cette question qui taraude la république, oppose classiquement la droite (« inquisition ») et la gauche (« citoyen »), et ne se complet pas dans une réponse binaire : oui /non !

L’auteur lui même pratique depuis (trop ?) longtemps l’investigation et porte un regard complice mais critique sur ses confrères et l’évolution de leur attitude depuis 50 ans. Critique : il illustre comment les citoyens dénoncent l’omniscience auto proclamée des journalistes politiques, fustigent leur incapacité à se remettre en cause ou à reconnaitre publiquement leurs erreurs dans un format qui émerge et tente de réparer l’outrage, soulignent les excès de la peopolisation et des rapports (inutiles souvent) avec le pouvoir… Bref la liste à charge est longue, parfois répétitive.  

Le journalisme d’investigation- graal du métier- est mis lui aussi au banc des accusés quand il puise ses sources exclusivement dans les poubelles de la police ou de la justice et viole le secret de l’instruction.  

Ce qui rend ce livre intéressant, c’est sa construction argumentée à partir des excès des grandes affaires politiques ou sociétales, notamment depuis le 1er septennat de François Mitterrand, en passant par Sarkozy, Hollande, Bettencourt, Outreau, Boulin, Alègre, Leroy ou Gregory, mention spéciale à l’affaire Baudis… un vrai livre d’histoire des mauvaises pratiques du pouvoir et du contre pouvoir de la 5ème république.

Un livre un peu désenchanté, qui ne croit plus guère à la dimension vertueuse des chartes de bonne conduite.

Les initiatives attachantes d’un journalisme d’investigation libre, de province, souvent trop anecdotiques, révélées au dernier chapitre ne réjouissent pas plus le lecteur. D’ailleurs, ce chapitre démarre par un constat définitif : « le Journalisme est mort ».

Ndlr: ressuscitons le, le plus vite possible.

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