Foodwatch dénonce la "shrinkflation" pratiquée par certaines marques

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C'est une réponse de filou. Vieille comme le monde. Réduire la taille des produits en "catimini" sans baisser leurs prix.  Foodwatch, une association qui milite pour davantage de transparence dans le secteur agroalimentaire,  dénonce cette inflation masquée ou "shrinkflation" (du verbe to shrink, rétrécir). Elle a mené l'enquête * et interpelle six marques qui ont modifié la taille de leurs produits-phares ces dernières années : Kiri, St Hubert, Saint Louis, Salvetat, Lindt et Teisseire. "Aucune n’a attiré l’attention des consommateurs sur ce changement de format" précise Foodwatch. Elles justifient souvent cette shrinkflation par l’augmentation du prix des matières premières à l’époque du changement. Les prix de ces dernières flambant en ce moment, Foodwatch prévient que ce phénomène de shrinkflation risque "d’aller croissant". et dénonce cette opacité et demande par le biais d’une pétition aux fabricants et distributeurs qu’ils s’engagent à informer clairement les consommateurs et consommatrices.

"L’inflation masquée est difficile à documenter", explique Camille Dorioz, directeur des campagnes de Foodwatch, "car vous ne trouvez pas les deux formats en rayons en même temps. Alertés par des consommateurs mécontents, nous nous sommes donc plongés dans les anciens catalogues promotionnels des supermarchés et avons ainsi retrouvé des formats plus grands et moins chers. Une réduction de taille de 10 à 20% permet, l’air de rien, de réaliser de jolies économies à l’insu des consommateurs lorsque les prix grimpent jusqu’à +37% au litre ou au kilo tandis que les prix à l’unité augmentent bien moins. Certaines modifications opérées en catimini remontaient à 2019. Le phénomène n’est donc pas récent mais risque fortement de s’accroître car les fabricants justifient souvent la shrinkflation par le prix des matières premières, en forte augmentation ces derniers mois". Ainsi, le pot de margarine St Hubert Omega 3 a perdu 4% de son poids, passant de 240 à 230 grammes, mais son prix au kilo a augmenté de 18% depuis trois ans et son prix à l’unité de 13%. Dans ses boîtes de chocolat Pyrénéens au lait, Lindt a supprimé six bouchées (de 30 à 24), ce qui a réduit le poids du produit de 20%. Le prix au kilo chez Carrefour a, lui, bondi de 30% depuis 2020, quand le prix de la boîte a augmenté de 4%. Saint Louis a modifié l’emballage de ses briques de sucre en transformant le format de 500g et de 750g en un format unique de 650g il y a trois ans et demi. Une opération gagnante : pour une diminution de poids de 13%, le prix à l’unité a augmenté de 12% tandis que le prix au kilo a gonflé de 29% chez Carrefour. Salvetat (Danone) a réduit la taille de ses bouteilles d’eau de 1,25L à 1,15L il y a deux ans. Moins 8% de produit pour un prix au litre qui a augmenté chez Intermarché de 15%, alors que le prix à l’unité a augmenté de 5%. La mention « Format généreux comme les gens du Sud » a disparu.  Teisseire a réduit le volume de son sirop de grenadine de 20% en fin d’année 2019, de 75cl à 60cl. Son prix de vente au litre chez Carrefour a, lui, bondi de plus de 37% depuis lors tandis qu’à l’achat le prix d’une bouteille n’a augmenté que de 12%. Le groupe justifie ce changement par une forte augmentation du prix du sucre. Kiri a réduit la taille de la portion de son fromage fondu de 10% il y a un an et demi. Les petites portions qui pesaient 20g font maintenant 18g. Chez Auchan, le prix à l’unité ne semble pas avoir changé mais le prix au kilo a augmenté de 11%. "C'est une pratique tout à fait légale, à condition d'indiquer le poids du produit de manière claire sur l'emballage pour ne pas tromper le consommateur", explique Guillaume Forbin, avocat spécialisé en droit de la consommation chez Kramer Levin.

En moyenne, le panier composé de ces six produits épinglés par Foodwatch a vu son poids diminuer de 12% mais son prix au kilo ou au litre augmenter de 25%. L'Insee a constaté une augmentation des prix à la consommation de 6,1%. La démonstration en images a été faite dans le documentaire jeudi 1er septembre  Complément d'enquête sur France 2.

* Méthodologie : il est quasiment impossible de prendre les industriels en flagrant délit de shrinkflation. Foodwatch, alertée par des consommateurs mécontents, s’est plongée dans les catalogues promotionnels des supermarchés et a ainsi retracé les anciens formats. Il suffit alors de comparer l’ancien format et l’ancien prix du magazine à celui trouvé aujourd’hui dans la même enseigne et de pondérer avec l’inflation et le tour est joué.

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