L’avenir de Paris-Normandie suspendu à la décision du tribunal de commerce mardi

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La justice examinera ce mardi une demande de liquidation judiciaire avec poursuite d'activité du journal régional Paris Normandie (200 salariés), lourdement endetté depuis des années, et dont le lent redressement a été stoppé, selon la direction, par la crise sanitaire du Covid-19. "Forcément on est tous inquiets. C'est la troisième fois depuis 2012 qu'on se retrouve au tribunal. C'est toujours aussi douloureux", confie à l'AFP Anne Bouchet, déléguée syndicale SNJ à la veille de l'audience prévue, en visioconférence, mardi à 14h à Rouen. Le journal détenu depuis 2017, à plus de 90%, par le chef d'entreprises rouennaises Jean-Louis Louvel, "se trouve soudainement plaqué au sol par les conséquences de la crise sanitaire", alors qu'il était "un genou à terre", "en train de se redresser", a expliqué la direction dans un communiqué publié jeudi après l'annonce au CSE de la demande de placement en liquidation judiciaire avec poursuite de l'activité. La direction ne communiquera pas davantage avant l'audience, a indiqué lundi à l'AFP Jean-Louis Louvel, patron fondateur de PGS, entreprise de palettes de bois de 1.300 salariés.

La dette a beau être passée de 10 à 7 millions en trois ans, le journal affiche un manque à gagner de 490.000 euros sur le seul mois de mars selon la direction. Depuis 2017 Jean-Louis Louvel "remettait un peu d'argent au pot quand c'était nécessaire", selon Mme Bouchet. Mais là une baisse de 90% des recettes publicitaires, selon le communiqué de la direction, "c'est énorme, du jamais vu" note Anne Bouchet. Les "audiences sur internet" ont beau avoir "explosé", "les millions de pages vues ne sont pas des millions d'euros. Pas même des milliers", se désolait le journal le 10 avril dans une tribune signée "Paris Normandie" appelant les lecteurs à s'abonner. Selon "les estimations les plus raisonnables (...) le déficit global à la fin de l'été atteindrait plus de 3 millions d'euros dans le cadre d'un déconfinement et d'une reprise totale d'activité", précise le communiqué de la direction. "Les mesures nécessaires prises par le gouvernement comme l'annulation de toutes les manifestations pour une durée indéterminée" ont "ruiné en quelques minutes" la stratégie d'"investissement dans le numérique et l'événementiel", martèle le communiqué. Implanté uniquement en ex-Haute Normandie, dont il est l'unique quotidien local, Paris Normandie compte 22.500 abonnés papier et 1.500 abonnés web, a précisé lundi la direction. En 2019, Paris Normandie affiche une DFP 2019 de 41 283 exemplaires, soit -soit 6,89% vs 2018 (source ACPM-OJD).

Pour le SNJ, "en l'espace de quelques semaines tout s'est écroulé parce qu'on n'avait aucun matelas", résume Mme Bouchet. "J'étais persuadée que le gouvernement allait mettre en place des dispositifs d'aide à la presse. Malheureusement, rien de ce qui pouvait nous aider n'a été fait", a, selon le SNJ, regretté jeudi, devant les représentants du personnel, Jean-Louis Louvel, qui était le candidat soutenu par LREM aux municipales à Rouen en mars. Le soir même le gouvernement a annoncé préparer des mesures d'aides à la presse. Mardi le tribunal peut mettre sa décision en délibéré ou trancher le jour même en faveur ou pas d'une prolongation d'activité, de la SNIC, la société éditrice de Paris-Normandie.

Le 15 avril le tribunal a opté pour la liquidation avec poursuite d'activité pour la RNP, la régie publicitaire du titre. "On n'est pas n'importe quel type d'entreprise. On est un média. On peut supposer que le tribunal prenne ça en compte", avance Anne Bouchet. "On se disait en pleine crise économique, en plein confinement, quel investisseur pourrait réussir à se projeter dans un rachat mais, semble-t-il, il y en a plusieurs en train de toquer à la porte", ajoute la déléguée syndicale. Reste à savoir si ces manifestations sont "sérieuses" et combien de salariés risquent de "rester sur le carreau", ajoute-t-elle. Les regards se tournent vers Rossel (La Voix du Nord), candidat malheureux à la reprise en 2017, et vers les groupes de médias de la région sans qu'aucun n'ait pour l'heure publiquement manifesté d'intérêt. Interrogé par l'AFP, le groupe belge n'a souhaité faire aucun commentaire. "Paris Normandie aura été le premier à tomber au combat, espérons qu'il soit le seul !", souligne la direction du journal créé en 1944.

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