Belgique : une chaine d’info avec PPDA, Giesbert, Naulleau, Bachelot et Ockrent

ln24

Une chaîne d'information en continu, LN24, va débarquer lundi dans le paysage médiatique de la Belgique : un projet audacieux porté par des journalistes déterminés à bousculer les acteurs traditionnels, belges et français. La chaîne, déjà présente sur internet depuis le printemps, sera disponible sur le câble, distribuée par tous les opérateurs locaux, à partir de lundi, à 20h. Diffusant en français, elle s'adresse d'abord aux 4,7 millions de Belges francophones mais promet de "parler de toute la Belgique", y compris de la Flandre néerlandophone, où elle sera aussi visible. Boris Portnoy, le PDG de la chaîne, et un des trois cofondateurs avec les journalistes belges Joan Condijts (directeur de l'info) et Martin Buxant (rédacteur en chef), revendique aussi "une ouverture sur le monde", plutôt rare à la télévision belge. Il en veut pour preuve la présence dans son casting de recrues françaises comme Patrick Poivre d’Arvor, Franz-Olivier Giesbert, Eric Naulleau, l'ex-ministre Roselyne Bachelot ou la journaliste Christine Ockrent (née à Bruxelles), qui vont se charger tour à tour d'une rubrique "Vu de France" dans la matinale.

LN24, un raccourci pour "Les News 24", qui émettra de 6h30 à minuit (à partir de 8h00 le week-end), affiche deux thématiques prioritaires : l'économie et la politique, nationale comme étrangère. Les images proviendront surtout des agences AFP, Reuters et de la chaîne américaine CNN. "Le local, c'est très bien. En termes de consommation des produits, il faut faire vivre nos agriculteurs. Mais culturellement je pense qu'il faut s'ouvrir, être local à 100% ça ne me convient pas", affirme à l'AFP M. Portnoy. Une pique visant RTL-TVI et la RTBF, les deux grandes chaînes généralistes côté francophone, dont les journaux télévisés, très regardés, privilégient souvent une information de proximité.

« Livrer les clés de compréhension »…

Chez LN24, on se réjouit de la longueur des formats, talk-shows et autres interviews en studio, considérée comme le meilleur moyen de se différencier. Dans les JT traditionnels aux sujets courts, ponctués de "phrases choc", "on abandonne un peu le spectateur", regrette Catarina Letor, qui sera le visage de la tranche 12h-14h. "Ici on prend le temps de lui livrer les clés de compréhension (...) c'est très important", ajoute la présentatrice de 27 ans, qui compte parmi les 22 journalistes ayant déjà signé un CDI à LN24. À terme, la rédaction devrait compter 45 personnes. Autre atout mis en avant : la jeunesse de l'équipe, des journalistes "digital native", nés grosso modo en même temps qu'internet et jugés plus à même de capter un public friand de nouveaux formats et de nouveaux supports.

Un équilibre financier en 2022

Pour Martin Buxant, le gros déploiement sur les réseaux sociaux a permis depuis cinq mois de faire connaître la marque, et d'acquérir "des codes" innovants. "On est nés dans le digital, (...) légers, flexibles, et on va vers la télévision. On fait un peu le chemin inverse des médias traditionnels qui avec leur lourdeur essaient de ramer et d'avancer vers le digital", souligne ce journaliste confirmé, intervieweur politique parmi les plus connus en Belgique. La chaîne, soutenue par quatre entreprises privées dont la banque Belfius, fonctionnera avec un budget d'exploitation de 6,5 millions d'euros pour les deux premières années. Elle compte atteindre l'équilibre financier en 2022. Côté audience, elle vise à terme 2% (ou 90.000 téléspectateurs), soit quatre fois plus que LCI, unique référence comparable parmi les chaînes d'info francophones puisque BFMTV n'est plus distribuée sur le câble en Belgique.

Un pari jugé "très audacieux" par des experts des médias, qui relèvent que la Belgique francophone est "un petit public déjà très alimenté en information", avec "un marché publicitaire saturé". "La niche ciblée, à savoir un public jeune et instruit grand consommateur d'info pourrait s'avérer une mini-niche", relève Frédéric Antoine, professeur à l'Université catholique de Louvain (UCL). Avec des moyens techniques allégés pour garantir des coûts de production faibles, "on s'interroge aussi sur ce que sera leur capacité à couvrir des événements en direct", poursuit ce spécialiste de l'économie des médias.

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