France Télévisions se projette dans le monde d’après

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(© thierry Wojciak/CB News)

France Télévisions se prépare à un déconfinement progressif avec un retour à une situation normale en septembre, mais les nouveautés de la grille attendront janvier, explique à l'AFP la présidente du groupe Delphine Ernotte. "Il faut qu'on concilie deux enjeux importants : la santé et la sécurité des salariés et le renforcement de nos missions de service public, qu'on tire des leçons des semaines qu'on a vécu", indique la dirigeante qui vient de présenter à ses salariés un "pacte de transition".   Plusieurs phases sont prévues : entre maintenant et mi-juin, "on va reprendre les productions en respectant toutes les chartes de tournage pour les feuilletons, pour Télématin... pour tout ce qui a besoin d'être remis en production", détaille la dirigeante, alors que beaucoup de tournages sont suspendus (notamment ceux des feuilletons "Plus belle la vie" et "Un si grand soleil"). "Je ne crains pas de difficultés sur la fiction pour la fin de l'année mais en revanche si on n'est pas capable de reprendre les tournages cet été on commencera à avoir des difficultés pour avoir de nouvelles fictions au 1er semestre 2021", indique-t-elle. Alors que le président de l'Union syndicale de la production audiovisuelle (USPA) Thomas Anargyros a prévenu que les tournages ne pourraient pas reprendre sans un fonds de garantie, faute d'assurance, elle se dit favorable à "un fonds qui soit abondé par de l'argent public" voire à un niveau européen. "On est en train de calculer le montant de ce fonds et la méthodologie pour que ce soit rapide et efficace et pour qu'on puisse reprendre les tournages cet été", précise-t-elle. Pour soutenir le secteur particulièrement frappé par la crise, le groupe va notamment renforcer en 2021 ses investissements dans la création audiovisuelle de 20 millions d'euros, et renforcer l'exposition de la culture sur ses antennes. Si elle ne craint pas de pénurie de programmes, Delphine Ernotte prévient qu'il "y a un risque de surenchérissement des droits car tout le monde recherche des programmes de stock, puisque nous avons eu des difficultés pour continuer nos tournages". Elle estime toutefois qu'il est trop tôt pour évaluer l'impact économique de la crise : "on ne le saura qu'à partir du mois de juin. C'est très lié aux conditions sanitaires dans notre pays".

France 4 : un plan de continuité présenté

Par ailleurs, le télétravail généralisé - seuls 10% des effectifs du siège parisien y sont présents - sera maintenu jusqu'à mi-juin. Puis de là jusqu'au 1er septembre, "on va progressivement reprendre une forme normale" (reprise des éditions locales de France 3, JT séparés ...) et "si tout se passe bien, on vise un retour à la normale au 1er septembre", estime-t-elle. Une consultation citoyenne sera menée en septembre, où le groupe prévoit des modifications de grille "relativement à la marge" pour avoir le temps d'intégrer les nouvelles attentes du public. Sur France 4, la programmation éducative plébiscitée en ces temps de confinement sera prolongée : la chaîne continuera de diffuser des cours jusqu'au 4 juillet et prévoit un soutien scolaire sous forme de "cahier de vacances" puis une pré-rentrée. À la demande du gouvernement, le groupe a présenté un "plan de continuité" de sa chaîne jeunesse et de France Ô, qui sont censées être fermées en août, afin de réfléchir à leur éventuel maintien. "On se prépare à toute possibilité", indique Delphine Ernotte, précisant ne pas savoir quand le gouvernement tranchera. En cas de maintien, France 4 garderait son orientation éducative. Côté outremer, une nouvelle plateforme numérique (qui aurait dû démarrer fin mars) sera lancée en juin et les engagements pris par le groupe dans son "pacte ultramarin" seront maintenus, quelle que soit la décision sur l'avenir de France Ô, assure la dirigeante.

En outre, cette phase de transition va se dérouler en pleine procédure de nomination du prochain président de France Télévisions, un processus qui a été repoussé par le CSA en raison de la crise. Interrogée sur cette question par le Figaro, Delphine Ernotte, candidate à un nouveau mandat, a répondu : "le CSA a fixé comme prochaine échéance Juillet. Pour ma part, je suis concentrée sur la gestion de cette crise".

Un fonds de soutien avec Audiens

Enfin, France Télévisions prépare avec Audiens un fonds de soutien pour les collaborateurs non-permanents et les intermittents du spectacle qui devrait être prêt mi-mai, a indiqué à l'AFP sa présidente Delphine Ernotte. "Pour tous ceux qui après le confinement pourraient se retrouver en difficulté, on est en train de négocier avec nos organisations syndicales, par le biais d'Audiens, un fonds de soutien qui serait abondé par l'entreprise et aussi par les employés qui le souhaitent", en y apportant des jours de congés "non utilisés" qui vont d'habitude abonder un CET (compte épargne temps), précise-t-elle. Par ailleurs, le groupe maintiendra la rémunération de tous les non-permanents qui étaient planifiés pendant le confinement mais qui n'ont pas pu travailler (ceux qui travaillent par exemple sur les feuilletons quotidiens), en collaboration avec Audiens, un dispositif qui concerne environ 600 personnes. Audiens, le groupe de protection sociale du secteur de la culture, avait annoncé début avril la création d'un autre fonds d'aide d'urgence aux intermittents avec Netflix, qui apportait une enveloppe d'un million d'euros. La Scam, société de droits d'auteurs, a mis en place différents dispositifs d'aides, à hauteur d’un million d'euros, pour les auteurs travaillant dans l'audiovisuel, la presse, le cinéma, le livre ou la photo. "En Europe, le secteur culturel est le plus touché après l'hôtellerie-restauration, c'est un secteur un peu en danger", souligne Mme Ernotte. "Cette crise ne va faire qu'accélérer des tendances déjà à l'œuvre, comme l'affaiblissement des médias locaux. Il faut travailler à la création de champions européens", estime-t-elle, précisant travailler à un "projet sur un axe franco-allemand, une plateforme de débats à l'attention de la jeunesse". Elle dit soutenir également l'initiative d'Arte dans son projet de plateforme franco-allemande.

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