Médias en août : tout sauf le calme

mer calme

Calme, le mois d’août pour les médias ? Pas vraiment. Entre le décret Publicité, le devenir de la future loi sur l'audiovisuel, les radios privées et publiques qui se rassemblent, le Gouvernement à la rescousse des marchands de presse ou encore le "plan alternatif" de l'Equipe, Arnaud Lagardère qui sanctuarise ses fonctions et la nouvelle chaine Téléfoot, les notifications ont dû pas mal s'activer sur les lieux de villégiature. Sélection non-exhaustive des événements marquants.

- Dire qu’elle était ardemment attendue par le marché est de l’ordre de l’euphémisme. Comme prévu, c’est via un décret du 5 août que le Gouvernement a autorisé la publicité segmentée, c’est-à-dire « la possibilité pour les services de télévision de ne pas proposer sur leur zone de service les mêmes messages publicitaires à l'ensemble des téléspectateurs mais au contraire de diffuser des messages publicitaires mieux adaptés aux zones de diffusion et aux téléspectateurs », soulignent les initiateurs du décret. Dans un délai de 24 mois, le Gouvernement rendra public un rapport évaluant les impacts de la mise en œuvre de ces dispositions sur les radios, la presse écrite et les télévisions locales. D'autre part, ce même décret autorise parallèlement, pour une période de dix-huit mois, la publicité pour le secteur du cinéma. Dans ce cadre, et « au plus tard 3 mois avant l'échéance de cette période », le Gouvernement publiera là aussi un rapport évaluant l'impact de cette autorisation temporaire, notamment sur le secteur de l'industrie cinématographique, afin de se prononcer « sur l'opportunité de pérenniser cette disposition », précisent-ils encore.

- Fin juillet, le Gouvernement a en outre décide la mise de côté le projet de holding de l'audiovisuel public et découpé la réforme de l'audiovisuel, selon la ministre de la Culture Roselyne Bachelot devant les députés. "Nous n'aurons pas le temps, du fait de tout ce qui nous est imposé par la crise pandémique, d'examiner la création d'une superstructure de l'audiovisuel public", a-t-elle annoncé.   "Il faut que l'audiovisuel public continue sa transformation", a-t-elle encore souligné. "Il va falloir qu'il améliore les synergies entre les différentes entreprises, qu'il parachève la transition numérique". Dans le cadre d'une grande et très attendue réforme de l'audiovisuel, le gouvernement voulait regrouper les principales entreprises de l'audiovisuel public au sein d'une holding commune appelée "France Médias", rapprochant des médias séparés pour la plupart depuis l'éclatement de l'ORTF en 1975. Ce regroupement devait concerner France Télévisions, Radio France, France Médias Monde (le groupe qui chapeaute RFI et France 24) et l'Ina (Institut national de l'audiovisuel). Toutefois, comme l'avait annoncé mi-juin le Premier ministre d'alors, Edouard Philippe, la réforme de l'audiovisuel a été découpée "en trois paquets", a précisé la ministre. Une série de dispositions ("lutte contre le piratage, création d'une autorité de régulation, modernisation de la TNT") devrait être examinée "dans le courant de la session" parlementaire. La transposition de la directive européenne sur les services de médias audiovisuels (SMA), qui permet d'appliquer aux plateformes en ligne les obligations de financement qui pèsent sur les chaines traditionnelles, doit être soumise au Parlement dans le projet de loi portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière (DADDUE).

- Les radios de Lagardère News (Europe 1, Virgin, RFM), du groupe M6 (RTL, Fun Radio), de Radio France (France Inter, franceinfo, France Musique, France Culture, FIP, Mouv’, France Bleu) et du GIE des Indés Radios (radios indépendantes) lancent une société commune pour proposer ensemble une nouvelle plateforme d'écoute destinée aux appareils numériques. Cette nouvelle société "ouverte à l'ensemble des acteurs radios français qui souhaiteraient la rejoindre" sera présentée à la rentrée, tout comme les modalités technologiques de cette nouvelle offre, précise un communiqué. L'idée est de créer "une interface digitale simple et gratuite permettant d'écouter l'ensemble de leurs programmes radios et contenus audio sur les différents appareils numériques", selon le communiqué. Jean-Éric Valli, président des Indés Radios, présidera la nouvelle société commune.

- Que vont devenir les numéros 14 et 19 de la TNT, jusqu'ici affectés à France 4 et France Ô, lorsque ces chaînes publiques auront cessé d'émettre ? Le CSA a annoncé mi-août qu'il préparait une consultation publique sur l'avenir de ces numéros qui suscitent déjà des convoitises. Le gouvernement a décidé cet été de reporter d'un an, à l'été 2021, l'arrêt de la chaîne France 4, chaîne destinée notamment aux enfants. Quant à France Ô, la chaine disparaîtra finalement des écrans dimanche 23 août. Le CSA, qui va devoir trancher cette question, va recueillir au préalable des avis. L’idée du CSA était de recueillir "l'avis de l'ensemble des acteurs intéressés sur les évolutions envisageables de la numérotation des chaînes de la TNT en métropole et outre-mer", précise le régulateur dans son communiqué.

- Les marchands de journaux indépendants touchés par la crise sanitaire et les difficultés de l'ancien groupe de distribution de presse Presstalis vont toucher une "aide exceptionnelle" d'au moins 1.500 euros, selon un décret publié le 15 août au Journal officiel. L'objectif est de "garantir" la continuité de la distribution de la presse" en instituant une aide "pour les diffuseurs de presse qui font face à une situation d'urgence du fait des conséquences de la crise sanitaire et de la cessation de paiement de la principale entreprise de distribution de presse au numéro", Presstalis, devenu France Messagerie en juillet, précise le décret. Les montants pourraient être supérieurs dans certaines villes : 2 000 euros par exemple à Ajaccio, Bordeaux, Nantes, Rennes, Toulouse, et 3 000 euros à Lyon et Marseille.

- Le prix de vente à l'unité du Figaro est passé à 3 euros le lundi 10 août, une augmentation de 10 centimes liée à la crise de la distribution de la presse et à l'effondrement du marché publicitaire. "La conjonction de nos difficultés de distribution et du recul de la publicité a bouleversé notre modèle économique", ont plaidé les dirigeants du journal, le directeur général Marc Feuillée et le directeur des rédactions Alexis Brézet, dans un message aux lecteurs publié dans l'édition de lundi du Figaro. Quelques jours avant, Le Monde aait lancé le mouvement en augmentant son tarif de vente à l'unité de 20 centimes, pour le porter lui aussi à 3 euros. Une hausse justifiée là encore par le double effet de la crise du système de distribution de la presse et l'effondrement du marché publicitaire. Le Parisien se vend lui 1,60 euro, Libération 2 euros, La Croix 2,10 euros, L'Humanité 2,30 euros et L'Opinion 2,80 euros.

- Fin juillet, la direction de l'Equipe a annoncé vouloir présenter un "plan alternatif" après la confirmation du refus des syndicats d'accepter son plan d'économies visant à permettre au groupe de médias sportifs de faire face à la période difficile du Covid-19. "Les représentants syndicaux m'ont confirmé qu'ils ne signeraient pas cet accord. Ce projet d'accord de performance collective, présenté le 8 juin, (...) permettait la poursuite et le développement de nos projets éditoriaux (...) et avait notamment pour vertu principale de préserver l'emploi pour les 4 années à venir", a regretté dans un communiqué le directeur général du groupe, Jean-Louis Pelé. La direction avait estimé en juin que 2020 serait "la pire année de la SAS L'Équipe avec un déficit de plus de 16 millions d'euros". Le quotidien L'Equipe a souffert de l'arrêt des compétitions sportives du fait de la pandémie. La direction voulait notamment augmenter la durée de travail hebdomadaire, baisser le nombre de RTT, et demander aux salariés de baisser leurs salaires de 10%. Elle s'engageait en contrepartie à ne procéder à aucun licenciement économique. La réflexion s'articulera autour de 4 axes : redimensionnement ou arrêt des activités déficitaires, réexamen de la durée du temps de travail, optimisation des organisations, réflexion sur le périmètre de couverture rédactionnelle de l'Equipe".   Il a précisé que les détails en seraient présentés aux syndicats d'ici à la fin de l'année pour une mise en œuvre début 2021. La SAS L'Equipe regroupe le journal L'Equipe, L'Equipe Magazine, Vélo Magazine, France Football, Sport & Style, et emploie 355 personnes.

- Le groupe Lagardère a annoncé mi-août avoir renouvelé pour quatre années le mandat de gérant d'Arnaud Lagardère, qui devait initialement s'achever au mois de mars prochain, et entamer une réorganisation de sa gouvernance avec notamment la création d'un conseil de gérance. Cette décision intervient moins d'une semaine après la formation d'une alliance entre les deux premiers actionnaires du groupe, Vivendi et le fonds d'investissement Amber Capital, afin de demander quatre sièges au conseil d'administration de Lagardère et la convocation d'une assemblée générale à la rentrée. La durée du mandat de gérance était jusqu'ici de six années. Parallèlement au renouvellement du mandat de son gérant, le groupe met en place un "conseil de gérance" composé des cinq membres du conseil exécutif ainsi que des deux dirigeants de Lagardère Publishing et Lagardère Travel Retail. La direction a par ailleurs présenté une "feuille de route stratégique"  afin de faire face à la crise, qui passe par une "adaptation du modèle concessif pour gagner en agilité et en flexibilité" concernant Travel Retail, et une attitude offensive du côté de l'édition, pour laquelle le groupe compte profiter des "nombreuses opportunités de consolidation à court terme". Ce renforcement de la gérance apparaît comme une réponse au pacte annoncé le 11 août par Vivendi et Amber Capital, qui détiennent respectivement 23,5% et 20% du capital de Lagardère et souhaitaient entamer des démarches afin d'avoir au conseil de surveillance une représentation minoritaire, de trois membres pour Amber Capital et un membre pour Vivendi.  Il s'agissait pour les deux premiers actionnaires de renforcer leur position en vue du renouvellement du mandat de gérant d'Arnaud Lagardère, initialement prévu au premier trimestre 2021.

- Une nouvelle chaine TV, c’est rare. Payante, un peu moins. Il n’en reste pas moins que la chaine Téléfoot initiée par le groupe Mediapro s’est lancée dans le grand bain du PAF (Paysage Audiovisuel Footballistique) avec l’affiche de Ligue 1 opposant Bordeaux à Nantes vendredi 21 août. Le nouveau diffuseur du championnat français parti de zéro, qui a signé coup sur coup une série d'accords depuis fin juillet, avec les opérateurs SFR et Bouygues Telecom, un partenariat avec Netflix, un accord avec Apple… De quoi l'aider à gagner en visibilité et à conquérir des abonnés. Interrogé, le patron de Mediapro, Jaume Roures, a dit espérer "que prochainement on pourra annoncer un accord avec Facebook". Côté programmes, la chaîne (qui disposera de jusqu'à huit canaux additionnels pour diffuser les matches de L1 et de L2 en multiplexe) fera appel aux technologies "les plus avancées" (4K, caméras aériennes, réalité augmentée...) pour offrir du grand spectacle aux futurs abonnés.

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