Signaux faibles et pages fortes

« Apprendre pour lire dans le présent » en détectant les signaux faibles. Le mot d’ordre est immédiatement compréhensible si tenté que l’on s’accorde sur une définition initiale : « le signal faible est un fait paradoxal qui inspire réflexion ». L’algorithme permet de repérer rapidement des signaux faibles déduits, l’observation des médias, l’évolution des indicateurs (sondages, bourse, trends, …), la vie même sont des sources importantes pour aller plus loin. Pour y nourrir son intuition (jolie définition proposée par Henry Berstein : « l’intuition est un excès de vitesse de la connaissance »), casser ses habitudes, sortir de sa zone de confort et formuler des idées nouvelles. Pour ce faire, l’auteur prodigue des conseils aussi simples que pertinents : changer de sources (de médias habituels notamment), relever des opinions contradictoires sur un même sujet, utiliser ses moteurs de recherche de façon paradoxale, jouer avec les mots, sont pour lui autant de leviers. Création de fiches, de rubriques, de cahiers d’idées, …autant de supports méthodiques pour archiver cette matière première et mettre en « collision » tous ces signaux et leur faire cracher tout leur  sens. Ce seront les signaux induits donc cachés.

Déprendre, déconstruire, déstructurer, …est la deuxième étape. Pour se dégager de ce qui retient ou immobilise la pensée. Cela suppose de se libérer des contraintes, de laisser libre cours à ces pulsions de reformulation, de recherche des contraires, ou des analogies, des « comme si… » pour atteindre le fameux « out of the box » nécessaire à cette imagination des futurs. Six solutions pour aboutir sont suggérées par Philippe Cahen : décortiquer les fondamentaux, s’appuyer sur les tendances lourdes, les certitudes, mais aussi rechercher les ruptures, les inverses et les rejets /refus, comme autant de points d’ancrages de travail de l’imagination sur les futurs possibles, ne serait- ce que pour les remettre en cause. C’est cela la prospective : voir le présent avec les yeux du futur (et non l’inverse, selon l’auteur…).

Travailler les exercices de vision du futur, se placer en scénarios dynamiques (ce qui constitue un saut dans le futur, ce qui le contrarie, …), du probable au haissable (sic), mettre en cause les évidences, les empathies ou les appréhensions… autant de postures simples à mettre en œuvre. 

Reprendre. La troisième étape, est justement la construction de scénarios de futurs. Pour cette phase, Philippe Cahen propose de travailler en groupe de prospective, incluant des profils complémentaires, ne rejetant pas les experts s’ils ne sont pas enfermés dans leur propre savoir…et détaille la marche à suivre pour la construction de scénarios, spontanés, forcés ou contraires et leur nécessaire hiérarchie. Et de les soumettre à la construction de stress test. Au final, cette méthodologie encadre fortement la création, par une écriture très aboutie et une volonté de clarté dans la narration et les livrables. Ce qu’il appellera le passage du désordre à l’ordre.

« Apprendre, déprendre, reprendre » ou plus classiquement « détecter, libérer, créer » Son livre donne envie. Il livre une posture psychologique simple « curiosité – intuition- audace » qui permet de casser le plus rationnel d’entre nous et de libérer sa créativité. Un bémol ? Les exemples : non par ce qu’ils racontent, pourquoi pas, mais par ce qu’ils signifient en eux même : le paradoxe reste parfois une notion individuelle, intime et d’un  vécu sans partage, il se limite à une opinion, comme mon propos.

Philippe Cahen : « Méthode & Pratiques de la prospective par les signaux faibles - Détecter, libérer, créer le futur » Éditions Kawa

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