Stéphane Bodier (ACPM) : « Les éditeurs sont passés d’une économie bipède à une économie millepattes »

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A la veille de la présentation de son Observatoire de la presse et des médias par l'ACPM, son directeur général Stéphane Bodier dresse un bilan de la Presse en 2021. Entre avènement des supports et de l'abonnement numériques et l'avenir du print, l'optimisme est aussi de rigueur pour 2022. Interview exclusive.

CB News : En 2020, la diffusion et la fréquentation des titres et sites des éditeurs de presse ont enregistré des hausses records, crise sanitaire oblige. Si en 2021 cette crise a perduré, on pouvait tout de même craindre un effet de comparaison très défavorable. Il n’en a rien été. Comment l’expliquez-vous ?

Stéphane Bodier : Les français lisaient la presse avant le Covid ils l’ont redécouvert et l’ont encore plus apprécié pendant cette période et cela grâce à l'ensemble de ses formats (toutes ses versions numériques, des sites et ses déclinaisons digitales). Certes entre 2020, année totalement exceptionnelle, et 2021 la Presse a perdu 1% de ses lecteurs, malgré cela on note qu'il reste 96% des français qui lisent la Presse et qu'en moyenne ils lisent 6 marques différentes tous les mois. En cette grande période de débat démocratique la Presse c’est la France et la France ne serait pas la France sans sa Presse.

CB News : Avec les données 2021 que l’ACPM a publié en février dernier, il est clair que l’on assiste à l’avènement des supports numériques aujourd’hui totalement incontournables pour bon nombre de lecteurs. Sans cette crise, en aurait-il été de même, ou a-t-elle encore accélérée le processus ?

Stéphane Bodier : Il y a une incroyable accélération de la transformation digitale, d’abord dans les rédactions, personne ne pouvait imaginer des rédactions réaliser la totalité d’un journal en télétravail et en visioconférence. D'autres parts dans les familles et dans tous les foyers français, certaines familles ne possédaient qu’un seul écran de télé et un seul ordinateur, ordinateur parfois monopolisé par les enfants pour suivre les cours. Pour s’informer il fallait utiliser son téléphone… les français ont pris l’habitude de lire la presse sur leur mobile et ils ne vont pas changer leurs habitudes de sitôt. Ils ont ainsi redécouvert leur quotidien régional sur leur téléphone.

CB News : Dans ce contexte, le print a-t-il encore un avenir ?

Stéphane Bodier : Oui ! 34% des français sont restés des lecteurs exclusifs du papier et je l'affirme que le papier a encore de l’avenir. Pour la presse quotidienne c’est le papier qui assoie et porte l’influence en particulier vis-à-vis des élites économiques et politiques. Pour les magazines le print sera toujours indispensable pour beaucoup de thématiques car excessivement valorisant pour le lecteur. Je pense à la presse décoration, la presse féminine haut-de-gamme ou pour toute la presse passion. La presse papier quand l’objet magnifie le contenu et donne du plaisir à la lectrice résiste très bien et plusieurs progressent en vente.

CB News : L’abonnement numérique semble être la clé de toutes les stratégies portées par les éditeurs qui apprennent à vivre avec moins de publicité dans leurs titres ?

Stéphane Bodier : Les éditeurs sont passés d’une économie bipède à une économie millepattes. Ils n’avaient que la diffusion papier et la publicité comme sources de revenus, ils ont multiplié les nouveaux canaux . Abonnements numériques, événementiel, formation… ils essayent de compenser les baisses de la publicité par la diversification. Un exemple pour de multiples industries. Je reste cependant optimiste sur la publicité dans les marques de presse car il y a bien un moment où nous parviendrons à faire prendre conscience aux annonceurs de la puissance digitale de la presse au-delà de toutes ses qualités intrinsèques.

CB News : L’ACPM présentera et détaillera le 21 avril prochain toutes les données 2021 de la presse lors de la 32ème édition de l'Observatoire de la Presse et des Médias qui sera suivie par sa traditionnelle cérémonie des Etoiles décernée par l’Alliance… Sans trahir ses résultats, que pouvez-vous toutefois nous en dire. Quelles sont vos observations ?

Stéphane Bodier : Certaines marques atteignent en 2021 des chiffres de vente jamais obtenus depuis qu’ils existent et je parle de titres de plus de 70 ans. Les français achètent et lisent la presse et ce soir, nous remettrons les étoiles de l’ACPM dans toutes les familles car partout des éditeurs surperforment. Mais ceux qui gagnent sont principalement ceux qui ont commencé leur digitalisation le plus tôt et qui commencent à en retirer les bénéfices.

CB News : Et la diffusion et la fréquentation des titres et des sites des éditeurs de presse en 2022 ? Êtes-vous optimiste ?

Stéphane Bodier : Les premiers résultats 2022 sont plutôt positifs, en particulier pour la presse d’information nationale et régionale. Car elle est portée par l’actualité mais aussi par toutes les valeurs de proximité qui irriguent notre pays. La presse professionnelle est à fond sur les abonnements numériques et les magazines poursuivent leur développement digital.

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