Ecce Dico : on continue avec un mot qui commence par un "c"

Ecce Dico - W&Cie

CB News invite les auteurs de  Ecce Dico - Design et communication - Abécédaire amoureux et illustré de la vie en agence, qui vient de paraître aux éditions Loco (359 pages) à nous livrer un mot chaque semaine. Un mot éclairé  en préambule par l'actualité. Nous avons débuté cet abécédaire la semaine dernière par un "A"...

Client [klijɑ̃(t)] n. m. f.

Ecce Dico - W&Cie

"Il aurait été étrange de ne pas dédier une lettre à celui qui nous fait vivre. Le mot est au singulier car un client se considère toujours comme unique. Comme tout métier dans lequel prévaut la dissymétrie des attentions : médecine, hôtellerie, restauration, etc. le client d’une agence attend que l’on se consacre pleinement à son service. Même s’il n’est pas dupe, il aime ressentir qu’à chaque interaction, rien d’autre n’existe que ses projets".

Actualité :

Il n’y a pas de grande agence sans grand client. Il n’y a pas de talents d’agence sans talents de clients. Savoir poser une problématique, analyser une création, inscrire une relation dans la durée, motiver, encourager, aiguillonner, discerner… tout un art que beaucoup d’anciennes et anciens d’agence, devenus clients, pratiquent aujourd’hui avec talent et passion. Elles et ils savent mieux que personne qu’il est parfois aussi difficile de faire-faire que de faire.

Derrière cette exigence légitime s’en cache une autre : celle pour les équipes (créatifs, consultants) d’être  présentes-présentes. Les prothèses numériques nous ont donné l’illusion de l’ubiquité, en nous faisant croire que l’on pouvait être partout en même temps et faire des milliers de choses à la fois. Plus la productivité et l’efficacité sont décuplées plus la question de la présence se pose. Le philosophe Maurice Zundel plaint à sa manière ceux qui ne sont plus là, en eux-mêmes. “Il n’y a personne à l’intérieur.Déjà au IVe siècle Saint Augustin fustigeait la non-présence : Tu étais au-dedans et c’est moi qui étais au-dehors. Tu étais toujours avec moi : c’est moi qui n’étais pas avec toi.&“Les Confessions”, Agnès Desarthe, Flammes, W, 2022 //

Combien de fois avons-nous entendu un client demander : “À sept heures ce matin, nous avons annoncé notre fusion, ou notre OPA… Pas une de nos agences ne nous a appelés. Où sont-elles ?”

Être en agence, c’est vivre ce que vit le client vingt-quatre heures sur vingt-quatre en étant présent physiquement, mentalement, en cherchant à réduire sans cesse le décalage d’informations, d’émotions, de vibrations, entre lui et nous. Deux maximes circulent dans le métier. “On est ce qu’on fait” signifie que les clients accordent le plus souvent leur confiance à des équipes qui ont déjà traité des problématiques comparables. Ce réflexe très compréhensible est accentué par le climat anxiogène de l’époque et le besoin de réassurance. Et “On gagne un client sur des grandes idées et on le perd sur des détails” souligne le rôle essentiel de la production dans nos métiers.

De très beaux parcours professionnels y sont promis aux personnes organisées, précises et rigoureuses. Connaître un client, acquérir l’intel­ligence de sa culture, peut prendre des années. Les débuts de la relation sont souvent déterminants. Il est dommage que les sociétés de conseil en choix d’agence, fort utiles au demeurant, ne soient pas parvenues à renouveler l’exercice de style des "notes de gueule" qui donnent souvent aux premiers contacts avec "les prospects" des allures de défilés Miss France ou pire, de foire aux bestiaux.

Ce sont les relations tissées avec les clients au fil des années qui font une agence. L’histoire de la profession s’est bâtie autour de fidélités exemplaires : de Renault à Publicis, de Citroën à RSCG, de Peugeot à Havas, d’Accor, ADP, JC Decaux, Peugeot, La Poste, Roland-Garros, Paris 2024 à W.

SYN.

         Ami(e)s (parfois), Partenaires

Entendu dans une autre agence : “La vie serait tellement plus simple sans clients.”
 

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