Nicolas de Tavernost : « La RTLisation de M6 est en marche ! »

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Nicolas de Tavernost, invité de l'Association des Journalistes Médias, le jeudi 27 juin à Paris.

(© Thomas Moysan/CB News)

Le président du directoire du groupe M6 a présenté jeudi devant l'Association des Journalistes Médias (AJM) ses ambitions après le rachat des chaînes télé du groupe Lagardère et répondu aux critiques suite aux changements intervenus chez RTL, notamment au départ de Christopher Baldelli.

« Passer d’un groupe de télévision à un groupe média plus large » : c’est ainsi que Nicolas de Tavernost, président du directoire du groupe M6, résume l’orientation de sa politique de développement. Le groupe M6 a pour cela « re-configurer un peu le groupe en revenant sur le métier de base », en investissement 450 millions pour l’acquisition du pôle radio de RTL en octobre 2017 et des chaînes de Lagardère Active (Gulli, Canal J, MCM, etc.), « dont on attend l’intégration prochaine », le Conseil supérieur de l’audiovisuel n’ayant pas encore rendu sa décision. Pour financer une partie de cette double acquisition, le groupe s’est séparé du club des Girondins de Bordeaux, « que nous avons réussi à vendre correctement » (100 millions), et du site MonAlbumPhoto, pour « à peu près 40 millions ».

Régis Ravanas, « un homme de dépenses et de recettes »

« C’est la première fois où nous faisions des investissements externes importants », raconte le patron du groupe M6, qui a toujours privilégié la croissance interne. « Nous étions en retard, nous n’avions que trois chaînes TNT ». Nicolas de Tavernost veut pour son groupe « un nouveau souffle ». Il a défendu l’arrivée à la tête des activités audio de Régis Ravanas, ex directeur général adjoint Publicité et Diversification du groupe TF1, « un homme de dépenses et de recettes, au caractère affirmé, qui a fait un long stage de formation chez TF1 », a-t-il ironisé, évoquant son passé de directeur général adjoint des programmes chez M6, pour l’aspect « dépenses », avant son expérience de DGA chez TF1, pour l’aspect « recettes ». Un futur successeur ? « Il en a les qualités », a souligné le patron.

« L’absurdité de la réglementation »

Concernant les autres activités du groupe, Nicolas de Tavernost veut investir davantage dans la production, tout en poussant un coup de gueule contre « l’absurdité de la réglementation » des quotas de diffusion des contenus « dépendants » (dont la chaîne détient en partie les droits, à l’image de « Scènes de ménage »), dont le pourcentage de 15% doit augmenter, selon M6. « Pendant ce temps, Netflix fait 10 000 abonnés par jour », a tonné Nicolas de Tavernost. Sur le digital, le patron du groupe M6 veut continuer le développement du studio Golden Network, qui produit des vidéos pour le web sur la cible millennials, mais il souhaite aussi accélérer  sur « l’économie digitale de la radio », notamment autour des podcasts ou de la publicité adressée.

Renforcer les collaborations entre M6 et RTL

A l’échelle du groupe, Nicolas de Tavernost ne veut pas mélanger les genres. « On va pas mettre ‘Les Marseillais’ (diffusés sur W9, NDLR) sur RTL », a-t-il déclaré. L’identité de marque de Gulli sera elle aussi « respectée ». Mais il souhaite tout de même davantage d’échanges et « renforcer les collaborations » entre la chaîne M6 et RTL. A l’image d’Amandine Bégot, journaliste de RTL qui présentera cet été le 19:45, ou de Julien Courbet, qui se voit confier deux nouveaux programmes à la rentrée : un talk-show et une émission autour de l’entreprise. RTL devra certes « s’adapter » pour s’intégrer à l’écosystème M6, mais pas de grands changements à venir. « A ma connaissance, Yves Calvi sera là à la rentrée », a-t-il glissé. 

« Il faut investir davantage dans la tech »

« On ne met pas assez d’énergie dans la recherche et le développement, il faut investir davantage dans la tech », a par ailleurs indiqué Nicolas de Tavernost, évoquant non sans fierté les 140 collaborateurs du département M6 Web basé à Lyon, qui travaillent sur une plateforme pour le développement OTT et qui s’occuperont du déploiement de l’offre Salto, commune à TF1 et France Télévisions. La filiale travaille également sur la data, l’insertion publicitaire ou l’ultra-personnalisation, « qui va demander beaucoup de moyens, être plus coûteuse, car il faudra  produire 120 ou 150 bandes annonces différentes, adaptées à la data récoltée auprès du public ». M6 veut donc continuer les développements tech, « pour ne pas se faire balader par Hulu ou Netflix ».

Un laboratoire européen de création de formats

Le patron du groupe M6 a ainsi comparé le budget tech de Netflix,  plus d’un milliard, au sien, 14 millions : « et en plus je pense qu’on les dépense bien ! ». Le département web du groupe va prochainement devenir une société, a-t-il annoncé. Par ailleurs, Nicolas de Tavernost a évoqué la création d’un laboratoire européen de création de formats, en coopération avec les autres filiales de son actionnaire RTL Group. Basé aux Pays-Bas, ce laboratoire devra proposer des contenus (émissions ou fictions) pouvant être diffusés dans plusieurs pays. La vision du président du directoire est toute tracée : travailler ensemble et collaborer pour mieux résister, ou se faire dépasser.

Objectif : protéger l’image de marque

Après l’acquisition des chaînes TV, Nicolas de Tavernost a confié qu’il aimerait bien racheter les radios du groupe Lagardère, « s’ils veulent bien nous les vendre », mais n’est pas intéressé par les sociétés de production. « Nous n’avons pas de problèmes financiers pour investir, de manière interne ou externe », s’est-il félicité. Nicolas de Tavernost ne veut d’ailleurs pas investir dans n’importe quoi et souhaite d’abord recentrer son groupe autour des activités médias. Pour autant, il est fier de ses investissements dans l’immobilier, avec le réseau Stéphane Plaza Immobilier, ou les services de cashback, avec le rachat en 2016 de la société iGraal. « On vient aussi d’investir dans une affaire de meubles, ‘Plaza Déco’ : on cherche des ressources de manière significative en complément des ressources publicitaires ». En conclusion, il a tout de même insisté sur l’image de marque de son groupe, en particulier face aux services SVOD étrangers. « Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui il faut faire beaucoup de non-linéaire, que cela veut dire que nous ne devons pas protéger notre image de marque. Nous ne voulons pas sous-distribuer ».

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