La culture n’est pas un gros mot

breton

Réconcilier culture et communication

On oppose souvent la culture à la communication. L’une serait noble et désintéressée. L’autre serait mercantile et vulgaire. Or, l’une comme l’autre sont d’une même essence en tant qu’elles sont constitutives de toute vie collective et qu’elles entretiennent un rapport d’inclusion réciproque. Toutes deux s’ancrent pour reprendre les mots de Michel Foucault dans l’être du langage et l’être de l’homme, toutes deux « participent à la construction de la réalité sociale et du monde vécu ».

C’est de l’avoir oublié que la communication souffre. Et ce n’est pas en s’habillant de vertus nouvelles, (après s’être mise au service du développement durable (1989-2005), puis de la responsabilité sociétale (2002-2017), elle découvre depuis 2018 un nouveau « business » avec la raison d’être), que l’on peut revenir à la noblesse de l’une et donc de l’autre. Alors que, comme la culture, la communication à une dimension globale. Elle ne s’arrête pas à un système de signes orientés (elle n’est pas exclusivement au service d’une cause) mais elle travaille aux interactions entre les modes de pensée, les techniques, leurs représentations et fonctionnalités.

De fait l’intimité (la proximité) entre communication et culture est si forte qu’on peut affirmer que la culture est communication. Et inversement. Avec au cœur de cet alchimie positive, l’individu qui agit et lui permet d’examiner la relation de l’un à l’autre, de l’individu au groupe, ainsi que les concepts d’identité et de comportements qui lui sont liés. Partant de là le « phénomène communicationnel » relève de l’échange de propositions, de la circulation d’informations et des processus de contacts, d’interpellation et d’influence réciproques.

L’entreprise est le lieu de médiation par excellence (avec l’art) de l’interaction culture – communication. Et le mal-être actuel qui secoue les organisations entrepreneuriales oblige à repenser en profondeur ce moteur positif. La communication manque cruellement de culture. La culture manque d’être (bien) communiquée et remise à sa juste place. En ces temps de pandémie le besoin est pourtant particulièrement criant et nécessaire pour (re)motiver des salariés confrontés à l’alternative santé vs travail, (re)penser des organisations perturbées par les recours au télétravail et au chômage partiel qui diluent  les liens sociaux ; (re)fonder des certitudes ébranlées par les justes remises en cause d’inégalités patentes (parité inassumée, communautés discriminées, injustices de tous ordres….), enfin pour (ré)enchanter des citoyens convaincus que le réchauffement climatique aura raison de leur futur.  Dans ce contexte de sociétés éclatées, bousculés par les crises à répétition, par le terrorisme, et maintenant par la COVID, il devient urgent de se concentrer sur la culture, sur ce qui nous unit. Et plutôt que nous jeter avec opportuniste dans des « raisons d’être » qui n’ont comme seule légitimité que leur verticalité il devient urgent d’affirmer qui nous sommes et d’où nous venons plutôt que où nous allons.

Cette urgence nous conduit comme le suggère Edgard Morin à poser la culture comme un système d’échanges et à repenser les paradigmes communicationnels. Seul ce travail nous permet d’énoncer le principe selon lequel la culture est communication et la communication culture.  Le modèle de communication que nous devons chercher à atteindre se nourrit donc de la médiation opérée par la culture dans les relations entre manifestations, révélations, individus et univers de référence (contexte). Avec des éléments d’identification forts : valeurs, signes distinctifs, symboles, conception managériale, questions sociales, réputation, rites sociaux, nature des médias...

C’est parce que la culture permet l’identité de l’entreprise et que sa mise en forme et sa circulation relèvent de la communication qui nous faut en revenir sans attendre à ses fondamentaux et révéler leurs liens profonds. C’est d’avoir oublié - et l’un et l’autre - que la communication s’est dévoyée et apparaît à plus d’un, inutile ; et que peu à peu la culture s’est perdue de vue. Comme le note Jean Caunes, il faut « conserver pour la culture la problématique de l'Autre et du Même, et pour la communication, celle d'une recherche du sens irréductible au concept, à la vérité et à la codification ». À cette condition nos métiers de communication conservent leur essentialité, leur prestige et leurs profits.

(Les tribunes publiées sont sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent pas CB News).

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