Chloé Sitbon (Les Voix) : « la voix rassure, elle ne triche pas dans une surenchère d’images parfois anxiogènes »

Chloé Sitbon

Présidente du collectif LES VOIX représentant 230 voix-off de la publicité, du cinéma, de la TV, etc., la comédienne et chanteuse Chloé Sitbon répond aujourd’hui aux questions de CB News, alors que la période de confinement se poursuit et que les professionnels de la publicité, de la création, du marketing, des médias, de l’audio ou encore de la high-tech s’interrogent sur comment vivre avec cette crise et, surtout, comment en sortir. 

La voix est le plus souvent au cœur d’un message. Qu’il soit conversationnel, culturel, commercial. La crise sanitaire que nous connaissons aujourd’hui a-t-elle rompu ce lien ?

Bien au contraire, elle l’a renforcée et on se rend compte que la voix est indispensable pour communiquer au plus grand nombre dans les moments de crise. Si le silence s’est installé dans nos rues et nos campagnes, le besoin de se parler se fait sentir comme jamais. Les outils conversationnels numériques explosent, les familles s’appellent ou utilisent la visioconférence, les amis se donnent rendez-vous à l’heure de l’apéro, les enfants sont en lien avec leurs professeurs via des plateformes, les gens se parlent depuis leur balcon à l’heure des applaudissements. Les contenus audios (podcasts, livres audios, ...) n’ont jamais autant été téléchargés. La voix rassure, elle ne triche pas dans une surenchère d’images parfois anxiogènes. La radio, média intime et de proximité, est très écouté en ce moment. Pour exemple, les messages de prévention Covid 19, tiennent une place prépondérante pour l’adoption des gestes barrières. Ils ont été enregistrés avec des comédiens professionnels.

Votre profession souffre-t-elle d’un manque de travail ? Qu’attendent de vous vos clients ? Des supports sont-ils plus privilégiés que d’autres ?

La réponse est claire, oui il y a eu moins de travail d’un coup. Les plateaux de doublage de films et de séries sont à l’arrêt et de nombreuses campagnes de publicité ont été suspendues pour le moment. Mais après la phase de sidération qui a touché tous les secteurs et avec désormais la vision d’une date de sortie du confinement, de nouvelles campagnes de communication sont en phase de conception. Et depuis quelques jours certains annonceurs ont repris la parole dans les médias afin de garder le lien avec le public. Dès le lockdown, les producteurs, les chaînes et les annonceurs ont attendu de nous une réelle disponibilité et nous avons été présents. Et pour répondre à votre question, il n’y a pas un support privilégié, les comédiens travaillent tant pour le web, la radio que la télévision.

Comment répondre aux demandes lorsque vos professionnels ne disposent pas nécessairement chez eux du matériel et/ou de la technologie nécessaire pour un rendu impeccable ? Être équipé ou non devient-il dès lors un critère discriminant dans le choix d’une voix ?

Dès le début, avec nos agents artistiques, les producteurs, les studios professionnels, nous avons collaboré avec les ingénieurs du son afin de trouver une méthode simple et efficace de télétravail provisoire, qui décharge le plus possible les comédiens des aspects techniques. Les talents de l’association LESVOIX.FR sont connectés aux studios grâce à une liaison audio de qualité professionnelle. Un ingénieur du son nous enregistre, le producteur nous dirige, alors que le client assiste à la séance et valide en temps réel. L’objectif n’est pas et ne sera pas de s’équiper aussi bien que les studios. Nous sommes des artistes-interprètes avant tout.

Pensez-vous que cette crise va modifier les process de votre métier ?

Cette pandémie est en train de changer les habitudes, dans tous les métiers les outils collaboratifs se généralisent. Comme tout le monde, nous les avons adoptés. Mais comme au théâtre où l’on joue sur un plateau et au cinéma devant une caméra, nous, c’est devant un micro, avec des vrais gens autour. Nous avons donc vocation à retourner en studio dès que possible. Être une “voix”, c’est avant tout être comédien. Ce qu’on nous demande, c’est jouer, écouter et travailler avec le client, l’agence de communication, le réalisateur, le producteur, l’ingénieur du son. Nous avons besoin de retours immédiats pour pouvoir tester et proposer différents tons pendant une séance. Parfois, le client se rend compte que sa première idée doit évoluer ; alors on compose, on cherche ensemble. C’est la voie de la création.

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