Pascal Couvry (Madame Bovary) : "cri d'alarme pour que les clients règlent leurs honoraires"

Pascal Couvry-Madame Bovary

Deuxième semaine de confinement...CB News poursuit sa série d'interviews de professionnels de la filière communication, initiée mardi 17 mars. Pascal Couvry,  fondateur de l'agence Madame Bovary, s'est prêté à l'exercice. Voici ses réponses.

1) Comment travaillez-vous à distance avec vos clients ? De quelle façon se poursuivent les échanges ? 

Pascal Couvry : nous faisons du télétravail avec des conférences Google, aussi bien en agence, qu'avec les clients et organisons des réunions tous les matins à 9 heures. Il faut maintenir le lien avec les clients et s'efforcer de tenir compte de leurs angoisses et de leurs préoccupations et rester impliqués sur les tâches. Par ailleurs, nous avions anticipé ce moment en mobilisant tous les services, notamment les services informatiques. Mais je dois dire que le télétravail est une expérience difficile du fait que l'on s'immisce dans l'intimité de nos clients et pénétrons dans leur domicile. C'est une forme de violence. C'est pour cela qu'on met les caméras off ! C'est une protection qu'on leur doit. Lorsqu'on connaît bien ses clients, leur caractère, leur humour, le télétravail est possible. C'est la prospection auprès des nouveaux qui est complexe parce qu'à distance,  il n'est pas évident de convaincre ! Sans compter qu'il a une déperdition de la langue et de la culture. Et puis, il y a des combats anachroniques qui sont à reporter (en matière de message à diffuser et de calendrier). Je pense que le télétravail permet plein de choses, mais il faut en souligner les limites.

2) Observez -vous des mutations dans votre métier ? Y a t'-il des choses qui vous étonnent ?

Pascal Couvry : Oui ! De plus en plus de clients me disent "J'ai montré cette campagne à ma femme, à mes enfants" et ça me fait sourire. C'est une nouveauté, une innovation à laquelle il faut s'adapter. 

3) Quelles sont aujourd'hui les réactions de vos clients ? Ont-ils reporté des campagnes  ? 

Pascal Couvry : Madame Bovary réalise des campagnes d'intérêt général. Mais aujourd'hui, le service d'information du gouvernement demande que les campagnes sur le Covid-19 aient la priorité pour ne pas polluer les messages. C'est la raison pour laquelle notre campagne pour la sécurité routière (communication gouvernementale avec Babel et Serviceplan) a été décalée pour ne pas encombrer l'esprit des français. D'autant plus, qu'on doit éviter de prendre la route. On ne va pas non plus faire de campagnes sur l'alcool, par exemple...Et puis, en matière de pré-test, ça complique les choses. Notamment pour les focus groupe ou l'obtention des avis consommateurs. En ce qui concerne la sécurité routière par exemple, les réactions sont influencées par la situation. Et d'un point de vue créatif, impossible de se projeter. Tant au niveau de la conception qu'en ce qui concerne le travail de terrain. Ce qui n'est pas le cas d'autres secteurs, comme les voyages ou la téléphonie par exemple.

4) Comment travailler avec les musées et les institutions culturelles qui sont actuellement fermées au public ?  Y a t'-il des projets en cours sur le digital ? 

Pascal Couvry : là encore, nos campagnes sont décalées avec les établissements culturels. Le Musée d'Orsay a pris l'initiative d'offrir une peinture commentée par un expert, sur Twitter tous les jours, mais l'idée ne vient pas de Madame Bovary. Mais j'ai eu l'idée de diffuser Madame Bovary, de Flaubert sur Twitter. Chaque jour, un passage en 280 signes via le compte de l'agence en clin d'œil à son nom. Mais entre nous, j'espère qu'on ira pas jusqu'au bout du livre ! 

5) Mesurez-vous l'impact financier de cette crise sur l'activité de l'agence ?

Pascal Couvry : on le mesure sur la trésorerie. "Bizarrement", depuis le début du confinement, nous n'avons reçu aucun règlement de la part de nos clients, que ce soit lié à des coupures ou à des problèmes administratifs. Les directeurs de la communication sont à distance et assurent très bien le relais...mais pas en ce qui concerne la comptabilité. Je lance un cri d'alarme pour assurer les règlements des honoraires pour que les agences puissent continuer à travailler et payer leurs salariés. Je pense que des agences ne survivront pas à cette crise, alors que les clients soient solidaires !  Sinon, cela entraînera un effet de chaîne auprès des annonceurs et des prestataires et ce sera délétère pour l'ensemble de l'industrie. J'espère simplement pour Madame Bovary, que nous pourrons sortir les campagnes qui ont été décalées d'ici deux mois et relancer l'économie. Et puis, au delà de dix collaborateurs, l'agence travaille également avec un hub de consultants et de freelances, ce qui nécessite la mise en place d'une réflexion financière pour faire attention au tissu de talents dans cette crise. D'autant plus que les dispositifs, tels que les congés payés ou le chômage partiel, pour préserver l'emploi ne sont pas opérantes pour eux (stratèges et commerciaux indépendants également). J'ajoute aussi que l'opportunisme n'est pas de mise. Et que des marques qui voudraient profiter de la crise sanitaire pour se mettre en avant pourraient se faire taxer de récupération par l'opinion publique.

6) Selon vous, comment pouvez-vous être utile (l'agence et le secteur) à la société en ce moment ? 

Pascal Couvry : la publicité est vectrice de vitalité. J'ai tenté de faire des campagnes pro-bono mais, encore une fois, je pense qu'il ne faut pas encombrer l'espace publicitaire en cette période. Qu'il faut, au contraire, faire attention à ce que les populations en difficulté sociale soient aidées (femmes par exemple, via des associations), mais pas en faisant des campagnes sur la thématique du confinement. Qu'il faut être ouvert, se préparer à remettre l'économie et les marques en route mais avec humilité et modestie. Je m'interroge sur le fait que l'on dise que les marques peuvent changer le monde, sur l'arrogance et la grandiloquence, parce qu'il faudra reconsidérer tout cela au sortir de cette crise !

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