Quatre jours sur les lignes 7 et 9 à Paris

affiches métro covid

Pendant quatre jours, j’ai pris le métro. Rien d’exceptionnel. Et pourtant. Ce que j’y ai vu, c’est une forme de désolation. J’étais curieuse d’y voir les gens, les pubs…Pour les gens, il y en a trois fois moins sur les lignes 7 et 9. Les miennes quotidiennes. Presque exclusivement des arabes, des noirs, des indiens, des asiatiques. Des personnes plutôt entre deux âges, masquées et souvent gantées. Surtout les femmes se protègent. Le soir, j’y ai vu davantage de mendiants. Des hommes âgés se déplaçant par grappe parfois. J’ai aussi parcouru certains couloirs complètement vides et silencieux. Pour une femme, c’est toujours le cadre d’un scénario mauvais. Surtout quand on met des talons et même si elle est entre deux âges. Oui, sortir avec d’autres souliers que des baskets, est une légère reprise de normalité en ce moment.

Pendant quatre jours, je n’ai croisé aucun uniforme. Ni contrôleur, ni brigade de sécurité de la RATP, ni policiers. Une fois, le dernier jour, le 5 mai, un guichet était ouvert. Une rareté. Une personne a demandé des masques gratuits pour le 11. Elle avait entendu à la radio qu’ils étaient arrivés. Il n’y en avait pas. Le troisième jour, des autocollants ont été apposés un siège sur deux sur les quais. Ils sont condamnés. Comme il n’y a presque personne, c’est facile.

Rien ne semble avoir bougé depuis cinquante jours côté pubs. Des vacances, de la mode, de l’immobilier, de la culture, des jeux en ligne, de la déco, de la restauration rapide…Tout semble figé. Les sourires et les slogans d’avant. Ce qui est curieux, c’est que je me souvenais de toutes ces publicités. Le nom de la marque, les photos, les dessins, les couleurs, les typos…Je reconnaissais presque tout. C’est mon quotidien ces signes-là dans mon parcours sous terre. Je sais quels films sortent bientôt à la correspondance à Chaussée d’Antin par exemple. Je ne pensais pas que toutes ces informations colorées balisaient autant mes pas et ma mémoire. Malgré ce que je sais de la mémorisation de l'affichage. Parfois, les affiches sont déchirées grossièrement, comme griffées par de grosses pattes, comme dans un collage qui, parfois, est très esthétique. Certaines jonchent le quai. J’y ai vu deux hommes dormir enroulés à l’intérieur. C’est l’une des images qui ne se décollera jamais de ma mémoire.

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